Les Antilles ne voient toujours pas le bout du tunnel. La grève contre la vie chère s'est poursuivie hier dans les deux départements, tandis qu'à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place “sans délai” d'un Conseil interministériel de l'Outre-mer qui devra “faire dans les prochains mois des propositions sur la rénovation de la politique menée par l'Etat en Outre-mer”.
“Plus que jamais”, a-t-il souligné, “l'Etat doit être juste, il n'est au service d'aucun groupe, d'aucune catégorie sociale (...). La société antillaise a le sentiment aujourd'hui qu'elle n'est pas entendue. Nous devons continuer à nous battre, tous les jours, pour que la République fasse une plus grande place à tous ceux qui incarnent la diversité de la France”. Le président a souligné la nécessité de promouvoir un développement qui doit s'accompagner d'une meilleure répartition des richesses.
“Il ne peut y avoir de société à deux vitesses où une catégorie sociale progresse alors qu'une autre stagnerait et resterait dépendante des prestations sociales”, a-t-il ajouté, faisant allusion à certaines revendications des grévistes dénonçant le pouvoir des familles de blancs créoles. Cette question “de la meilleure répartition des richesses” sera abordée le 18 février lors de la réunion prévue à l'Elysée avec les partenaires sociaux, “elle revêt une importance toute particulière en Outre-mer”, a-t-il dit. Plaidant pour la “lucidité” et “le sens de l'intérêt général à long terme”, Nicolas Sarkozy a néanmoins mis en garde ses interlocuteurs contre “les fausses bonnes idées de court terme pour sortir du conflit qui, en réalité, ne feront que compromettre l'avenir de ces territoires”, dans une allusion aux revendications des grévistes en faveur d'une hausse des salaires. L'intervention du chef de l'État à l'issue du Conseil des ministres n'a évidemment pas suffi à apaiser les tensions. En Guadeloupe, celles-ci restent particulièrement vives.
L'île est paralysée depuis 24 jours et les négociations sont rompues.
Bras de fer sur les salaires
Le LKP ne reprendra la discussion avec les médiateurs envoyés de Paris qu'à condition que l'Etat signe le pré-accord élaboré dimanche dernier avec le patronat. Ce dernier demande que l'Etat finance la hausse prévue de 200 euros des bas salaires. C'est évidemment sur ce point sensible que le bras de fer s'intensifie. Redoutant une contagion sociale à l'échelle nationale, le Premier ministre François Fillon a refusé dès lundi d'entrer dans cette spirale.
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a enfoncé hier le clou à l'issue du Conseil des ministres :
“Nous avons proposé d'apporter la contribution de deux médiateurs (...) mais c'est aux partenaires sociaux de prendre leurs responsabilités et de travailler pour reprendre les discussions”. Ces mises au point répétées restent pour l'instant lettre morte.
Victorin Lurel, le président socialiste de la région Guadeloupe, a estimé hier sur France-Inter que l'exécutif avait “dévalorisé la parole de l'Etat” en revenant sur les promesses faites aux Antillais par Yves Jégo.
La CGT a de son côté mis en garde le gouvernement contre la tentation du “pourrissement” ou “la stratégie de l'usure” en Guadeloupe. Le contexte est légèrement différent en Martinique où la grève a commencé il y a neuf jours. Les négociations ont repris hier matin et le “collectif du 5 février” a relevé “trois avancées notables” parmi les 39 propositions soumises par Yves Jégo. Celles-ci concernent la baisse supplémentaire du carburant (8 centimes pour l'essence, 10 pour le gazole), la prime de 200 euros allouée en avril aux 50 000 foyers aux plus bas revenus, et enfin, comme en Guadeloupe, l'anticipation à 2009 du Revenu de solidarité active.
Cette dernière mesure s'appliquera aussi en Guyane et à la Réunion, tout comme la hausse de 20% des aides à la restauration scolaire, et une aide au logement social.
D'un point de vue purement politique, ni le président, ni le Premier ministre ne devraient se rendre dans l'immédiat aux Antilles. Yves Jégo n'a pas non plus programmé un voyage sur place “dans les heures qui viennent”. À Paris, on analyse toutes les déclarations. La création dans l' île de La Réunion d'un collectif appelant à une grève générale avec manifestation le 5 mars, inquiète ceux qui suivent de près le dossier outre-mer .
LES ÉVÊQUES D'OUTREMER SENSIBLES À LA CRISE
Les évêques de Martinique, Guadeloupe, la Réunion et Cayenne ont invité dans un message commun diffusé hier “tous les responsables à entendre et à prendre au sérieux le cri qui s'élève” dans ces départements touchés par la crise.
“Nous croyons”, disent les évêques, “que les turbulences actuelles invitent à (...) gérer au plus près du terrain tout ce qui peut l'être sans recourir systématiquement aux instances supérieures”, et à “confier des responsabilités plus grandes à nos élus”.
“Tout ce qui peut faire croire à un relent de colonialisme ou de néocolonialisme doit être définitivement aboli. La relecture de notre histoire, marquée par l'esclavage, et la conscience des progrès accomplis devraient aussi permettre de guérir les blessures de nos peuples”, ajoutent-ils. “Pour permettre un meilleur exercice du pouvoir, un changement de statut peut être un levier efficace” (...) même s'il ne peut pas tout résoudre, estiment les évêques. Ce texte est signé par Mgr Michel Méranville, archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France, Mgr Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis de la Réunion, Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne et Mgr Jean Hamot, administrateur diocésain de Basse-Terre.
FO "MET EN GARDE" CONTRE UN EMBRASEMENT
“De plus en plus inquiète de la situation dans les DOM, particulièrement en Guadeloupe et en Martinique”, Force Ouvrière a mis “en garde” hier le gouvernement, en lui demandant de trouver des solutions, “avant que ne s'embrase la totalité de l'Outre-mer”. Après la Guadeloupe et la Martinique, “les annonces faites par la Réunion et ce qui pourrait advenir en Guyane ne peuvent laisser le gouvernement indifférent”, a affirmé l'organisation syndicale dans un communiqué.
FO “exige du gouvernement et du patronat qu'ils prennent en compte les revendications et rappelle que les collectivités d'Outre Mer ne sont pas des cartes postales mais bien des lieux de vie où résident des femmes et hommes avec leurs préoccupations quotidiennes et leurs besoins”.
MARTINE AUBRY CRAINT LA PROPAGATION DES ÉVÉNEMENTS EN MÉTROPOLE
La première secrétaire du PS Martine Aubry craint la propagation des événements qui secouent les Antilles à la métropole, dans une interview publiée hier par le Parisien.
“Je crains effectivement que le sentiment de ras-le-bol des Guadeloupéens et des Martiniquais se diffuse ici”, souligne Mme Aubry après avoir relevé que “le sentiment d'injustice aux Antilles est d'autant plus fort que la vie y est plus chère qu'en métropole”. Cette crainte est alimentée “notamment parce que le président de la République reste sourd aux attentes des Français”, ajoute-t-elle. “C'est ce décalage qui me fait craindre une propagation des événements qui agitent les Antilles”, dit-elle, affirmant :
“Il faut tout faire pour que cela n'arrive pas
“Faites ce que je dis... ne faites pas ce que je fais...
” Ce précieux conseil de nos gouvernants en cette période de restrictions budgétaires, Yves Jégo l'a balayé d'un revers du bras en se rendant mercredi à la Guadeloupe à bord d'un jet présidentiel, un Falcon 900 dont le coût de vol horaire est de 6 100 euros, soit 40 000 francs, pour une dizaine de places à bord. Cela fait un saut de puce à 49 500 euros pour 8 heures de vol. Aller et retour, la facture monte à près de 100 000 euros.
Le pauvre Yves Jégo est bien à la peine.
A peine revenu en métropole, le voilà sommé de repartir en Guadeloupe avec rien dans les poches, et tout dans les galoches !
Du moins c'est la version officielle.
Version de François Fillon qui n'a pas fait dans le mieux-disant, plutôt dans le sous-disant. Il faut reconnaître qu'il est face à un problème de taille. Les syndicats guadeloupéens réclament une augmentation de 200 euros sur les salaires les plus bas, ce que refuse le patronat local.
Alors soit l'Etat met la main à la poche, soit il laisse la situation se durcir.
Seulement voilà, s'il met la main à la poche, les Martiniquais demanderont à leur tour un geste de l'Etat, puis l'ensemble des DOM TOM!
Ensuite ?
Eh bien par contagion, ce sera au tour des travailleurs de l'hexagone de prendre modèle sur leurs compatriotes îliens. Un cauchemar pour un gouvernement ultralibéral !
On comprend que Nicolas Sarkozy soit parti en Irak avec Bernard Kouchner et ait refilé la patate chaude à son Premier ministre.
Qu'est-il allé faire en Irak, me demanderez-vous ?
Proposer les services de la France pour participer à la reconstruction et à la stabilité du pays. Une chose qui ne pouvait pas attendre un jour de plus, on imagine !
Cela me rappelle ce que disait le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, le 14 juillet 2005. Alors que Jacques Chirac faisait son interview traditionnelle, Nicolas Sarkozy se moquait de lui le comparant à Louis XVI :
« Je n'ai pas vocation, disait-il alors, à démonter tranquillement les serrures à l'Elysée pendant que la France gronde... ».
Hier, alors que les enseignants et les chercheurs de l'enseignement supérieur arpentaient la rue, que la Guadeloupe était toujours bloquée après trois semaines de conflit, que la Martinique commençait à suivre l'exemple de sa voisine et que les syndicats de l'Hexagone grinçaient des dents,
Nicolas Sarkozy démontait les serrures en Irak.
Bruno TESTA

