LE MANDELA PALESTINIEN....

LE MANDELA PALESTINIEN....
Message adressé depuis sa prison par Marwan Barghouti à l'occasion du grand événement de soutien aux droits du peuple palestinien le 17 mai 2008 à Paris [1] qui a rassemblé plus de 4000 personnes

« Très chers amis,

C'est un très grand plaisir et un honneur pour moi que de vous parler et de vous saluer aujourd'hui avec le plus grand respect et l'expression de ma haute considération.

Je tiens à vous remercier de votre solidarité, de vos efforts, du rôle éminent que vous jouez dans le soutien à notre combat légitime. Ce combat est aujourd'hui entré dans une phase décisive pour le peuple palestinien et son avenir.

C'est sa volonté de réaliser son autodétermination et son droit à disposer et à établir un Etat palestinien avec Jérusalem occupée comme capitale qui est en jeu.

Nous voulons un Etat palestinien vivant à côté de l'Etat israélien. Les réfugiés doivent voir se concrétiser l'exercice de leur droit au retour en vertu de la résolution internationale 194 des Nations unies. Les plus de 11 000 prisonnières et prisonniers doivent être libérés, parmi lesquels figurent un tiers des membres du parlement palestinien élu.

Mes chers amis,

Le travail et l'énergie que vous déployez pour nous soutenir dans notre cause interviennent alors que continuent l'agression et le siège contre notre peuple menés par les dirigeants israéliens.

Les implantations et la colonisation s'accroissent. La terre de Palestine est volée et la judaïsation de Jérusalem se développe. Nous sommes assiégés tandis que l'entreprise insupportable d'affamer toute une population se poursuit dans la bande de Gaza – Gaza qui est devenue la plus grande prison du monde. Dans les territoires occupés, à Jérusalem, des centaines de barrages militaires empêchent la continuité territoriale au sein de la Cisjordanie. Ils entravent la liberté de circulation entre les villes et les villages tandis que les arrestations arbitraires et les assassinats se multiplient.

Vos actions interviennent à un moment où, en Israël, il y a absence d'un partenaire en faveur de la paix, d'un partenaire qui soit prêt à en finir avec l'occupation et à reconnaître enfin les droits nationaux du peuple palestinien.

Malgré tous ces obstacles les Palestiniens continuent à tenir fermement à leurs droits. Ils exigent la paix, la liberté, le retour et l'indépendance. La paix dans la région commencera avec la fin complète de l'occupation des territoires occupés depuis 1967.

Elle commencera aussi avec la fin des souffrances et de la misère de millions de réfugiés palestiniens qui ont été chassés de leurs maisons et de leurs demeures, des réfugiés dont les villes et les villages ont été détruits par la violence du terrorisme.

Mes chers amis,

Votre soutien et votre présence aux côtés de notre peuple palestinien constituent une prise de position majeure en faveur de la vérité, de la justice, de l'égalité et de la liberté. Ils constituent l'expression de votre solidarité humaine ainsi que de votre clair et noble engagement pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ce soutien à nos côtés nourrit fortement notre foi et notre optimisme dans l'avenir.

Il contribue aussi à fortifier mon élan, ma volonté et ma capacité à défier l'occupant, et ceci du fin fond de ma petite cellule sombre en prison, cellule depuis laquelle, en dépit de son obscurité et de son étroitesse, j'entends, j'y entends votre voix haute et forte en soutien à notre peuple. Cela accroît notre force et notre moral.

En conclusion, je vous le dis, chers amis : on ne nous brisera pas ; notre forte volonté restera intacte. Notre sacrifice pour la liberté ne faiblira pas et ce sacrifice pour la liberté n'est pas de moindre grandeur que l'exercice de la liberté elle-même.

Votre frère,

Marwan Barghouti

Prison Hadarim, cellule 28.



[1] organisé par la Plateforme des ONGs françaises pour la Palestine. Paix comme Palestine, 60 ans après : la Paix par le droit www.paixcommepalestine.org










Marouane Barghouti est né le 6 juin 1958, à Ramallah
c'est un homme politique et un chef militaire palestinien. Marouane Barghouti est incarcéré depuis 2002 dans une prison de haute-sécurité israélienne, condamné à 5 peines de prison à perpétuité.



Le Mandela palestinien
publié le jeudi 20 septembre 2007

Uri Avnery – 15 septembre 2007


On trouverait difficilement quelqu'un de plus populaire que Marwan Barghouti auprès de la population palestinienne. En cela aussi il ressemble à Mandela lorsqu'il était en prison.
LA DIVISION des territoires palestiniens en un "Hamastan" dans la bande de Gaza et un "Fatahland” en Cisjordanie constitue un désastre.

C'est une catastrophe pour les Palestiniens, une catastrophe pour la paix et, partant, une catastrophe aussi pour les Israéliens.

Les dirigeants politiques et militaires israéliens se félicitent de cette division, fidèles en cela à la doctrine : "Ce qui est mauvais pour la Palestine est bon pour Israël". C'est la doctrine qui a inspiré la politique sioniste dès l'origine. Haïm Arlosoroff, le dirigeant sioniste qui fut assassiné par des inconnus sur les rivages de Tel-Aviv en 1933 condamnait déjà cette doctrine dans son dernier discours :

"Il n'est pas vrai que tout ce qui est mauvais pour les Arabes est bon pour les Juifs et il n'est pas vrai que tout ce qui est bon pour les Arabes est mauvais pour les Juifs."



LES PALESTINIENS vont-ils surmonter cette division ?

Il semblerait que les chances s'en réduisent de jour en jour. Le fossé entre les deux parties ne cesse de s'élargir. Les gens du Fatah en Cisjordanie, avec à leur tête Mahmoud Abbas, condamnent le Hamas qu'ils considèrent comme une bande de fanatiques, imitateurs d'un Iran qui les guide, et qui, à l'instar des ayatollahs, sont en train de conduire leur peuple à la catastrophe.

Les gens du Hamas accusent Abbas d'être un maréchal Pétain palestinien qui a passé un contrat avec l'occupant et qui s'est engagé sur la pente glissante de la collaboration.

La propagande est de part et d'autre particulièrement envenimée et la violence réciproque est en train d'atteindre de nouveaux sommets.

Cela ressemble à un cul-de-sac. De nombreux Palestiniens ont perdu espoir de trouver une issue. D'autres sont à la recherche de solutions innovantes. Afif Safieh, le chef de la mission de l'OLP à Washington par exemple, propose de constituer un gouvernement palestinien composé entièrement d'experts indépendants, qui ne soient membres ni du Fatah ni du Hamas. Les chances en sont évidemment très faibles.

Mais, dans les conversations privées à Ramallah, un nom émerge de plus en plus souvent : Marwan Barghouti.

"Il détient entre ses mains les clefs", dit-on là-bas, à la fois du conflit Fatah-Hamas et du conflit israélo-palestinien.”


CERTAINS voient en Marwan le Nelson Mandela palestinien.


Il s'agit de deux personnalités en apparence très différentes, à la fois du point de vue physique que du tempérament. Mais ils ont beaucoup de points communs.

L'un et l'autre sont devenus des héros nationaux derrière les barreaux d'une prison. L'un et l'autre ont été accusés de terrorisme. L'un et l'autre ont apporté leur soutien à une lutte violente. Mandela a soutenu la décision en 1961 du Congrès National Africain d'engager une lutte armée contre le gouvernement raciste (mais non contre les civils blancs). Il est resté en prison pendant 28 années et a refusé d'acheter sa liberté en signant une déclaration dénonçant le "terrorisme". Marwan a apporté son soutien à la lutte armée de l'organisation Tanzim du Fatah et s'est vu infliger plusieurs condamnations à vie.

Mais l'un et l'autre étaient pour la paix et pour la réconciliation, avant même leur mise en prison. J'ai vu Barghouti pour la première fois en 1997, lorsqu'il a participé à une manifestation de Gush Shalom à Harbata, le village voisin de Bil'in, contre l'établissement de la colonie de Modiin-Illit qui démarrait à peine. Cinq ans plus tard, lors de son procès, nous avons manifesté au tribunal avec le slogan "Barghouti à la table des négociations, pas en prison."

LA SEMAINE dernière, nous avons rendu visite à la famille de Marwan à Ramallah.

J'ai rencontré pour la première fois Fadwa Barghouti aux obsèques de Yasser Arafat. Son visage était mouillé de larmes. Nous étions pris dans la foule endeuillée, le vacarme était assourdissant et nous n'avons pu échanger que quelques mots.

Cette fois elle était calme et sereine. Elle s'est contenté de rire quand elle a appris que Teddy Katz, un militant de Gush Shalom qui participait à la manifestation, avait sacrifié l'ongle d'un orteil pour Marwan : au cours de notre protestation devant le tribunal, nous avions été violemment attaqués par les gardes et l'un d'entre eux avait marché de sa lourde botte sur le pied chaussé de sandales de Teddy.

Fadwa Barghouti est avocate de profession, elle est mère de quatre enfants ( trois fils et une fille). L'aîné, Kassem, est déjà allé en prison sans jugement pendant six mois. C'est une femme aux cheveux blond foncé ("Tous les membres de la famille, à l'exception de Marwan, sont blonds," explique-t-elle, ajoutant avec un sourire : "peut-être à cause des croisés.")

Les Barghoutis représentent une grande Hamula (famille étendue) établie sur six villages dans le voisinage de Bir Zeit. Le docteur Mustapha Barghouti, médecin bien connu pour ses engagements en faveur des droits de l'homme, est un parent éloigné. Marwan et Fadwa – elle aussi une Barghouti de naissance – sont nés au village de Kobar.

La famille de Marwan Barghouti habite un bel appartement dans un immeuble en copropriété. En me rendant là-bas, j'ai remarqué que l'on construisait partout à Ramallah – on dirait que de nouvelles constructions surgissent à chaque coin de rue, y compris des tours à vocation commerciale.

Près de la porte de l'appartement une broderie en anglais : "Bienvenue dans ma maison". L'appartement lui-même est décoré de nombreuses représentations de Marwan Barghouti avec un grand dessin inspiré de la fameuse photo qui le représente au tribunal levant ses mains menottées au-dessus de sa tête à la façon d'un boxeur victorieux. Lorsque les forces de sécurité le recherchaient, elles ont pris possession de l'appartement pendant trois jours et ont déployé un grand drapeau israélien sur le balcon.

Fadwa Barghouti est l'une des rares personnes autorisées à lui rendre visite. Non comme avocate mais seulement comme "proche parente" – définition qui englobe les parents, les épouses, les frères et s½urs et les enfants de moins de 16 ans.

Actuellement, il y a environ 11 000 prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes. Si l'on considère une moyenne de cinq “parents proches” par prisonnier, cela représente 55 000 visiteurs potentiels. Eux aussi doivent obtenir un permis pour chaque visite et beaucoup se voient opposer un refus pour des "raisons de sécurité". Fadwa aussi doit pour chaque visite obtenir un permis qui l'autorise seulement à se rendre directement à la prison et à en revenir sans s'arrêter où que ce soit en Israël. Les trois fils ne sont plus autorisés à rencontrer leur père depuis qu'ils ont tous les trois passé l'âge de 16 ans. Seule sa jeune fille peut lui rendre visite.

ON TROUVERAIT difficilement quelqu'un de plus populaire que Marwan Barghouti auprès de la population palestinienne. En cela aussi il ressemble à Mandela lorsqu'il était en prison.

Il est difficile d'expliquer la source de cette autorité. Elle ne tient pas à sa position élevée au sein du Fatah dans la mesure où ce mouvement est désorganisé et qu'on y distingue difficilement une hiérarchie évidente. Depuis l'époque où il n'était qu'un simple militant dans son village il s'est élevé dans l'organisation par la seule force de sa personnalité. C'est cette chose mystérieuse que l'on appelle charisme. De lui émane une autorité tranquille qui ne tient pas à des signes extérieurs.

La guerre de diffamation entre le Fatah et le Hamas ne l'atteint pas. Le Hamas prend soin de ne pas l'attaquer. Au contraire, lorsqu'il a proposé une liste de prisonniers à échanger contre le soldat capturé Gilat Shalit, Marwan Barghouti, bien qu'étant un leader du Fatah, était en tête de la liste.

C'est lui aussi qui, avec les leaders des autres organisations emprisonnés avec lui, rédigea la célèbre "déclaration des prisonniers"qui appelait à l'unité nationale. Toutes les factions palestiniennes ont approuvé cette déclaration. Ainsi est né l'"Accord de la Mecque" qui a donné naissance à l'éphémère gouvernement d'union nationale. Avant que les parties en présence ne le signent, des émissaires furent envoyés en urgence à Marwan pour obtenir son accord. Ce n'est qu'après l'avoir obtenu qu'il put être signé.

J'AI PROFITÉ de ma visite à Ramallah pour me faire une idée de ce que pensaient les partisans de Barghouti. Ils s'efforcent de ne pas se faire entraîner par le climat de haine réciproque qui règne maintenant au sein des équipes dirigeantes de chacune des deux parties.

Certains d'entre eux s'opposent vigoureusement aux activités du Hamas à Gaza, mais s'efforcent d'en comprendre les causes. Selon eux, les gens du Hamas, à la différence de nombreux dirigeants du Fatah, ne sont jamais allés à l'Ouest et n'ont pas fréquenté d'universités étrangères. Leur univers mental a été façonné par le système éducatif religieux. Leur horizon est étroit. La complexité de la situation internationale, dans laquelle le mouvement national palestinien est bien obligé de situer son action, leur est complètement étrangère.

Lors des dernières élections, m'ont expliqué mes interlocuteurs, le Hamas espérait obtenir 35 à 40% des suffrages et obtenir ainsi une légitimité pour le mouvement. Ils ont été totalement surpris d'obtenir la majorité. Ils ne savaient pas quoi en faire. Ils n'avaient pas préparé de plans. Ils ont commis l'erreur de constituer un gouvernement composé entièrement de membres du Hamas au lieu d'un gouvernement d'unité. Ils ont mal évalué la réaction internationale et israélienne.

Les partisans de Marwan n'hésitent pas devant l'autocritique. Á leur avis, le Fatah n'est pas exempt de critique pour ce qui s'est passé à Gaza. Le mouvement n'a pas agi de façon avisée lorsqu'il a arrêté et humilié les dirigeants du Hamas. Ses militants ont, par exemple arrêté Mahmoud al-Zahar, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement du Hamas, ils l'ont humilié, lui ont coupé la barbe et l'ont affublé du nom d'une célèbre danseuse égyptienne. C'est l'une des raisons de la haine violente que al-Zahar et ses collègues portent au Fatah.

Je n'ai entendu aucun démenti de l'affirmation du Hamas selon laquelle Mohamed Dahlan, précédemment homme de confiance et conseiller de Mahmoud Abbas en matière de sécurité, conspirait avec les Américains pour mener une action militaire dans la Bande de Gaza. Dahlan, jouissant de la faveur des Américains (et des Israéliens), pensait selon eux que, si on lui fournissait des armes et de l'argent, il pourrait prendre le pouvoir à Gaza. Cela a incité le Hamas à la décision d'être les premiers à agir et à prendre eux-mêmes le pouvoir par les armes. Comme le Hamas avait le soutien de la majorité d'une opinion publique qui détestait par ailleurs Dahlan, accusé de collaboration avec l'occupant, le Hamas l'a facilement emporté. Dahlan a maintenant été exilé par Abbas.

Le centre de gravité du Hamas est la Bande de Gaza. C'est là le problème de Khaled Mechaal le leader du Hamas qui réside à Damas. Á la différence de ses deux adjoints, il n'a pas de racines à Gaza. Voilà pourquoi il a besoin d'argent pour y conforter sa position. C'est l'Iran qui le lui fournit.

(J'aurais aimé donner ici quelques impressions sur le point de vue du Hamas, mais il est pratiquement impossible d'entrer dans la Bande de Gaza, tandis que nos interlocuteurs du Hamas à Jérusalem Est ont été envoyés en prison.)



COMMENT les Palestiniens vont-ils se sortir de cette situation ?

Comment peuvent-ils restaurer une autorité nationale qui soit acceptée par tous les éléments de la population en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, capable de conduire la lutte nationale et de faire la paix avec Israël, lorsque la paix deviendra possible ??

Les partisans de Barghouti pensent qu'au moment favorable, lorsque Israël arrivera à la conclusion que la paix est pour lui une nécessité, il sera libéré de prison pour jouer un rôle central dans la réconciliation – tout comme Mandela fut libéré de prison en Afrique du Sud lorsque le gouvernement blanc en vint à la conclusion que l'on ne pouvait plus maintenir plus longtemps le régime de l'Apartheid. Je suis absolument convaincu que pour en arriver à une telle situation, les forces de paix israéliennes doivent engager une vaste campagne pour la libération de Barghouti.

Que va-t-il se passer dans l'intervalle ?


Il n'y a pratiquement personne du coté palestinien pour penser que Ehoud Olmert conclura un accord de paix et le mettra en ½uvre. Pratiquement personne ne pense que quelque chose sortira de la "rencontre internationale" qui est supposée avoir lieu en novembre. Les Palestiniens pensent qu'il s'agit d'un os jeté à Condoleezza Rice, dont la position s'est considérablement affaiblie.

Et si cela n'a pas de résultats ?

"Le vide n'existe pas" m'a déclaré un des dirigeants du Fatah, "Si les efforts du président Abbas ne portent pas de fruits, il y aura une nouvelle explosion, comme l'intifada qui a suivi l'échec de Camp David."

Comment est-ce possible, alors que les militants du Fatah ont rendu leurs armes et renoncé à la violence ? "Une nouvelle génération va se lever" m'a déclaré mon interlocuteur, "comme cela s'est déjà produit dans le passé – une génération s'est lassée et la suivante a pris sa place. Si l'occupation ne prend pas fin et s'il n'y a pas de paix, une paix qui permette aux membres de cette génération de fréquenter les universités, de se consacrer à leur famille, au travail et aux affaires, une nouvelle intifada va sûrement exploser."

Pour réaliser la paix, les Palestiniens ont besoin d'unité nationale, autant que les Israéliens ont besoin d'un consensus pour leur retrait. L'homme qui symbolise l'espoir d'unité chez les Palestiniens se trouve actuellement dans la prison de Hasharon.



Article publié en hébreu et en anglais le 16 septembre sur le site de Gush Shalom – Traduit de l'anglais "The Palestinian Mandela" : FL/PHL Impression




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Ce que doit signifier la libération de Marouane Barghouti


10 avril 2008 - 17:53
Par Jacques Cheminade

La situation internationale actuelle devient de plus en plus grave. Le Proche-Orient est l'un des lieux où le risque d'un affrontement qui pourrait embraser le monde est le plus grand et le plus immédiat.

C'est pourquoi les autorités israéliennes doivent immédiatement libérer sans conditions Marouane Barghouti, le seul dirigeant palestinien incontesté, et entamer en même temps des négociations avec le gouvernement syrien afin de mobiliser la région et, en particulier, créer les conditions pour que toute nouvelle aventure soit évitée au Liban. Le ministre israélien des Infrastructures, Benjamin Ben Eliezer, et l'ancien président du Parti travailliste, Amir Peretz, l'ont compris et ont demandé la libération de Barghouti.

Le signe serait ainsi donné par le gouvernement israélien qu'il recherche réellement la paix. Les conditions de celle-ci sont reconnues par tous les responsables de bonne foi :

dialogue entre toutes les parties concernées. Le gouvernement israélien et le Hamas, en particulier, doivent négocier. On ne choisit pas qui l'on veut pour faire la paix, mais l'on définit en commun ce qui peut être acceptable pour tous, sans arrière-pensées ni calculs mesquins ;

reconnaissance d'un Etat palestinien viable par Israël et de conditions de sécurité incontestables et garanties en faveur de l'Etat d'Israël ;

évacuation par l'Etat d'Israël des « colonies » implantées en Cisjordanie, à l'exception d'un nombre extrêmement limité impliquant des contreparties territoriales, au sein des frontières de 1967 (ligne verte) ;

renoncement par Israël à toute mesure d'Etat policier et renoncement par les dirigeants palestiniens à tout acte terroriste ;

renoncement au principe systématique du retour des Palestiniens en Israël avec en contrepartie une aide massive des Israéliens à leur installation dans les territoires aujourd'hui occupés. En même temps, garantie pour la libre circulation des travailleurs palestiniens en Israël, sans blocages aux frontières ni discrimination sociale.

Retour du Golan à la Syrie contre la reconnaissance par cette dernière du droit à l'existence et à la sécurité de l'Etat d'Israël ;

reconnaissance par Israël de Jérusalem-est comme capitale de la Palestine et reconnaissance par les autorités palestiniennes de Jérusalem-ouest comme capitale d'Israël, la gestion des lieux saints se trouvant confiée aux autorités religieuses.

Ce sont là des conditions de fond, proches (ou compatibles avec elles) de celles définies par le « groupe de Genève » (Belin-Rabbo) en novembre 2003, par la déclaration du groupe des prisonniers palestiniens, y compris ceux du Hamas, et par les entretiens Ayalon-Nussebeih.

Cependant, ces conditions de fond ne sont pas suffisantes. Trois éléments supplémentaires sont nécessaires :

Un plan de développement économique mutuel pour tout le Proche-Orient et, au-delà, pour toute l'Asie du Sud-Ouest doit être discuté, mis en place et garanti par les grandes puissances. La substance de cette paix sera de permettre aux deux parties de supporter les sacrifices consentis par l'assurance d'un futur meilleur. Avec le développement eurasiatique et panaméricain, cette mise en valeur de l'Asie du Sud-Ouest doit devenir la référence d'un nouvel ordre économique et monétaire international, d'un Nouveau Bretton Woods.


Un dialogue entre les civilisations, les cultures et les religions, non pas sur les dogmes, mais sur la mise en commun du meilleur de chacun, à travers la formation et l'éducation de citoyens participant à l'aventure du développement mutuel. C'est ainsi que la paix de Westphalie, fondée sur l'avantage d'autrui, aurait dû être maintenue et élargie par des projets d'intérêt mutuel dont l'Académie des sciences de Colbert devait être le centre moteur. C'est la guerre entre religions, aboutissant à la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV, qui détruisit les fondements de ce projet.


Une politique résolument opposée à tout compromis avec les politiques de l'Empire britannique, ou de ses épigones, qui reposent sur le pillage financier, en divisant pour régner (juifs contre arabes, chiites contre sunnites, ashkénazes contre séfarades...). Le combat contre ce que représente cet empire dépasse de loin l'espace de l'Asie du Sud-Ouest et implique principalement la nature du pouvoir aux États-Unis. C'est pourquoi un retour de ce pays aux politiques de Franklin Delano Roosevelt, en rupture avec celles de l'empire britannique, sera le signe fondamental que l'abandon d'une logique de guerre perpétuelle devient possible. Le plan de Lyndon LaRouche pour la paix par le développement mutuel en Asie du Sud-Ouest porte cette espérance.

Marouane Barghouti, qui soutient une politique de justice et de concorde, anime lui aussi cette espérance du fait de sa culture à la fois arabo-musulmane, hébraïque et européenne. C'est pourquoi sa libération ouvrira la porte à ce qui paraîtrait autrement impossible, un développement mutuel se substituant à un état de conflit, mais qu'attendent depuis trop longtemps tous les peuples de la région et du monde.

# Posté le mardi 06 janvier 2009 02:19

Modifié le mardi 06 janvier 2009 22:55

La Palestine appelle le monde, mais ça sonne occupé. (Amazigh Yacine)

La Palestine appelle le monde, mais ça sonne occupé.  (Amazigh Yacine)
Menachem Klein : «Plus on emploiera la force, plus le Hamas voudra riposter.» (photo DR)



Klein : «Les objectifs d'Israël sont inaccessibles»

INTERVIEW - Professeur de sciences politiques à l'université israélienne Bar-Ilan, Menachem Klein a été le conseiller du premier ministre Ehoud Barak dans ses négociations avec l'OLP.

Menachem Klein est l'un des piliers des accords de Genève, une proposition de paix israélo-palestinienne informelle.


- Quel est, selon vous, le but de l'offensive israélienne contre le Hamas ?

Menachem KLEIN. - À les entendre, certains veulent détruire le Hamas, d'autres le dissuader de façon permanente d'attaquer Israël, d'autres encore souhaitent créer un « nouvel environnement sécuritaire », sans plus de précision.

Mais les premières cibles de l'armée de l'air en disent plus long : elle a frappé des ministères ou la police, qui n'est pas impliquée dans le lancement de roquettes. Cela montre une volonté de détruire le régime du Hamas.


Et à plus long terme ?

Je pense qu'Israël veut étendre à la bande de Gaza le protectorat exercé de facto en Cisjordanie, où Mahmoud Abbas ne peut prendre aucune décision de façon indépendante.

Cette stratégie agressive peut-elle réussir ?
Qu'arrivera-t-il si Israël lance une offensive terrestre ?

Ces objectifs sont inaccessibles. Plus on emploiera la force, plus le Hamas voudra riposter. Quant à Mahmoud Abbas, il ne peut pas gagner les c½urs et les esprits s'il entre à Gaza sur un char israélien.
Le risque est de répéter les erreurs de la guerre du Liban en 1982. Youval Diskin, le chef du Shin Beth (la sécurité intérieure, NDLR), a déclaré avoir reçu des appels téléphoniques de Gaza, félicitant Israël de s'en prendre au Hamas. Au Liban, les maronites et les paysans du Sud nous ont jeté du riz en signe de bienvenue. Peu après, nous étions devenus une armée d'occupation. En outre, une armée régulière court à la catastrophe contre une guérilla, surtout au milieu d'une population dense.

Mais alors, y a-t-il une porte de sortie ?

Il semble qu'un cessez-le-feu est en préparation. Il y a plusieurs tentatives, menées par Nicolas Sarkozy, par le Qatar, la Turquie, la Ligue arabe, etc. Une dynamique est en train de se créer. Pour la première fois depuis longtemps, le Quartet (les États-Unis, l'Union européenne, la Russie et l'ONU) a publié une résolution différente de celle de la Maison-Blanche. Contrairement à George W. Bush, qui suit la position israélienne en posant des conditions, le Quartet demande un cessez-le-feu immédiat.

Selon vous, quelles seraient les bases d'un cessez-le-feu ?

Il devrait impliquer le Hamas, pas en tant que tel, sans doute, mais à travers une médiation internationale. Il comportera sans doute la réouverture des points de passage. Israël croit toujours pouvoir détruire la capacité de gouverner du Hamas par la force ou par le blocus. Il doit reconnaître que c'est impossible, et à, mon avis, aller plus loin en laissant Mahmoud Abbas constituer un gouvernement d'union nationale avec le Hamas.




Les déclarations de Nelson Mandela sur l'Apartheid israélien


L'Apartheid est un crime contre l'humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d'inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants." Ces paroles sont de Nelson Mandela, ainsi que les autres remarques faites par lui, en mars 2001, et qui restent malheureusement totalement d'actualité. Merci à Mireille Rumeau pour la traduction de cette lettre de l'ancien Président d'Afrique du Sud, à Thomas L. Friedman, éditorialiste au New York Times.



"Cher Thomas,

Je sais que vous et moi sommes impatients de voir la paix au Moyen Orient, mais avant que vous continuiez à parler des conditions nécessaires d'un point de vue israélien, vous devez savoir ce que j'en pense. Par où commencer ? Disons 1964.

Permettez-moi de citer mes propres paroles lors de mon procès. Elles sont aussi justes aujourd'hui qu'elles l'étaient à l'époque : "J'ai combattu la domination blanche et j'ai combattu la domination noire. J'ai chéri l'idéal d'une société démocratique et libre au sein de laquelle tous vivraient ensemble, en harmonie, et avec des chances égales. C'est un idéal pour lequel j'espère vivre et que j'espère atteindre. Mais s'il le faut, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir."

Aujourd'hui, le monde, noir et blanc, reconnaît que l'Apartheid n'a pas d'avenir. En Afrique du Sud, il s'est terminé grâce à notre propre action de masse décisive, pour bâtir la paix et la sécurité. Cette campagne massive de défi et autres actions ne pouvait qu'aboutir à l'établissement de la Démocratie.

Il est peut-être étrange pour vous d'observer la situation en Palestine ou, plus spécifiquement, la structure des relations politiques et culturelles entre les Palestiniens et les Israéliens, comme un système d'Apartheid. Votre article récent "Bush's First Memo", dans le New York Times du 27 mars 2001, le démontre.

Vous semblez surpris d'entendre qu'il y a toujours des problèmes de 1948 à résoudre, dont le plus important est le droit au retour des réfugiés palestiniens. Le conflit palestino-israélien n'est pas qu'un problème d'occupation militaire et Israël n'est pas un pays qui a été créé "normalement" et qui s'est mis à occuper un autre pays en 1967. Les Palestiniens ne luttent pas pour un "Etat" mais pour la liberté, la libération et l'égalité, exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud.

Au cours de ces dernières années, et en particulier lorsque le Parti Travailliste était au gouvernement, Israël a montré qu'il n'avait même pas l'intention de rendre ce qu'il avait occupé en 1967, que les colonies resteraient, que Jérusalem serait sous souveraineté exclusivement israélienne et que les Palestiniens n'auraient pas d'Etat indépendant mais qu'ils seraient placés sous domination économique israélienne, avec un contrôle israélien des frontières, de la terre, de l'air, de l'eau et de la mer.

Israël ne pensait pas à un "Etat" mais à une "séparation". La valeur de la séparation se mesure en terme de la capacité d'Israël à garder juif l'Etat juif, et pas d'avoir une minorité palestinienne qui pourrait devenir une majorité, dans l'avenir. Si cela arrivait, cela forcerait Israël à devenir soit un Etat laïque ou bi-national, soit à devenir un Etat d'Apartheid, non seulement de fait, mais aussi de droit.

Thomas, si vous suivez les sondages israéliens au cours des 30-40 dernières années, vous verrez clairement un racisme grossier, avec un tiers de la population qui se déclare ouvertement raciste. Ce racisme est de la nature de "Je hais les Arabes", et "Je souhaite que les Arabes meurent". Si vous suivez également le système judiciaire en Israël, vous verrez qu'il y a discrimination contre les Palestiniens, et si vous considérez plus particulièrement les territoires occupés en 1967, vous verrez qu'il y a déjà deux systèmes judiciaires à l'½uvre, qui représentent deux approches différentes de la vie humaine : une pour la vie palestinienne et l'autre pour la vie juive.

De plus, il y a deux approches différentes pour la propriété et pour la terre. La propriété palestinienne n'est pas reconnue comme propriété privée puisqu'elle peut être confisquée.

Pour l'occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza, il y a un facteur supplémentaire à prendre en compte. Les soi-disant "Zones autonomes palestiniennes" sont des Bantoustans. Ce sont des entités restreintes au sein de la structure de pouvoir du système israélien d'Apartheid.

L'Etat palestinien ne peut pas être un sous-produit de l'Etat juif, juste pour garder la pureté juive d'Israël. La discrimination raciale d'Israël est la vie quotidienne de la plupart des Palestiniens. Parce qu'Israël est un Etat juif, les Juifs israéliens ont des droits particuliers dont les non Juifs ne bénéficient pas. Les Arabes palestiniens n'ont aucune place dans un Etat "juif".

L'Apartheid est un crime contre l'humanité. Israël a privé des millions de Palestiniens de leur liberté et de leur propriété. Il perpétue un système de discrimination raciale et d'inégalité. Il a systématiquement incarcéré et torturé des milliers de Palestiniens, en violation du droit international. Il a déclenché une guerre contre une population civile et en particulier contre des enfants. Les réponses de l'Afrique du Sud en matière de violation des droits humains provenant des politiques de déportation et des politiques d'apartheid ont mis en lumière ce que la société israélienne doit nécessairement accomplir avant que l'on puisse parler d'une paix juste et durable au Moyen Orient et de la fin de la politique d'apartheid. Thomas, je n'abandonne pas la diplomatie du Moyen Orient, mais je ne serai pas complaisant avec vous comme le sont vos supporters. Si vous voulez la paix et la démocratie, je vous soutiendrai. Si vous voulez formaliser l'apartheid, nous ne vous soutiendrons pas. Si vous voulez soutenir la discrimination raciale et le nettoyage ethnique, nous nous opposerons à vous. Quand vous aurez pris votre décision, passez moi un coup de fil."

Nelson Mandela.

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 03:53

Modifié le dimanche 04 janvier 2009 17:44

NOUS SOMMES TOUS DES PALESTINIENS !

NOUS SOMMES TOUS DES PALESTINIENS !
BONNE ANNEE....A TOUS !


Widad a participé hier à Paris à une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien.
Antoine, de son côté, assiste à un échange vif dans le quartier juif de la rue des Rosiers. Les deux récits.

« Qu'allez-vous faire en cette veille de Nouvel An ? Allez-vous faire la fête pendant que nos frères palestiniens se font massacrer par l'armée israélienne ou allez-vous témoigner votre soutien au peuple palestinien en manifestant ? » Textos, mails, Facebook, tous les moyens sont bons pour faire passer les messages. Quant à moi, je me suis rendue mercredi 31 décembre à une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien, à Paris, Place de la République, à 15 heures. Forte mobilisation. Parmi les manifestants, une centaine de personnes arborent un gigantesque drapeau palestinien, d'au moins 40 mètres de long sur 5 de large.

« Nous sommes tous des Palestiniens », scande la foule en brandissant des drapeaux, palestiniens bien sûr, mais aussi algériens, marocains, tunisiens, libanais, saoudiens. Point de bannière égyptienne, en revanche. Pays non grata à la manif. « Ce que fait l'Égypte est honteux, fermer les frontières à ses frères palestiniens, les laisser mourir... Les pays arabes devraient avoir honte de ne pas intervenir dans cette guerre », me dit l'un des participants à la manifestation.

Beaucoup de femmes de tous âges sont présentes. L'une d'entre elles, âgée de 75 ans, agite un drapeau français : « Je suis ici en tant que Française, je manifeste mon indignation en tant que citoyenne française. Vous savez, les Israéliens, ça les énerve de voir ça, ils essayent de s'approprier le soutien de la France, il faut que les musulmans de France manifestent en tant que Français », dit-elle. « J'ai toujours participé à ce genre de manifestations, ajoute-t-elle. Avant, les gens avaient beaucoup plus peur de descendre dans la rue, aujourd'hui, les gens n'ont plus peur, ils affirment leurs positions haut et fort. »

De République à gare de l'Est, la foule grandit à vue d'½il, « Israël assassin, Israël assassin », crie avec fougue le cortège, les passants nous regardent, certains sourient, d'autres se demandent ce que c'est que ce tohu-bohu. Une femme lève son pouce en nous voyant passer, nous lui proposons de se joindre à nous, elle me répond : « Je suis touriste mais je suis de tout c½ur avec vous, je suis danoise et je suis scandalisée par ce qui se passe, c'est inadmissible, l'Union européenne ne fait rien. Alors, criez haut et fort votre indignation, on est tous avec vous, on vous soutient, jusqu'à ce que la communauté internationale fasse quelque chose. »

Les manifestants ne cessent de crier. Aucun débordement n'est à signalé. C'est avant tout pour évacuer leur frustration de spectateurs impuissants que tous se sont déplacés et se déplacerons aujourd'hui, puis demain, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'Union européenne, sous couvert de l'ONU, intervienne pour faire cesser le massacre.

Des centaines de civils tués dans des raids aériens, les frontières fermées par les pays voisins qui refusent d'accueillir des réfugiés, la communauté internationale qui ne bouge pour ainsi dire pas : c'est un bien triste Nouvel An qu'ont passé cette nuit les habitants de la bande de Gaza. Beaucoup de célébrations du Nouvel An ont été annulées par la communauté musulmane du monde entier en solidarité avec les Palestiniens. J'espère pour eux que la paix arrivera aussi vite que cette nouvelle année.

Widad Kefti

Pendant ce temps, rue des Rosiers...

Un fils algérien de la famille, en vacances en France pour la première fois, a faim. L'autre jour, il a visité le quartier juif de la rue des Rosiers, dans le Marais, ça lui a plu. Il y a englouti un falafel. Nous y retournons avec lui en cette après-midi du 31 décembre. De toutes façons, pas moyen de lui faire avaler quelque viande que ce soit dans une brasserie, sinon du poisson ; il ne mange que halal. L'animal tué selon le rite casher étant égorgé comme chez les musulmans, un restau juif certifié « Beth Din de Paris » fera très bien l'affaire.

Nous approchons. Des cris : « Mais dites-le qu'elle a dit ça, dites-le ! » Un jeune homme à la tête rasée est en colère. « Dites-le qu'elle a dit ça, dites-le ! », répète-t-il en s'adressant à un groupe de quatre femmes. Je me dis d'abord que le jeune homme est arabe et qu'il a dû se faire insulter par quelques mamas juives surprotectrices. En fait, non. Il est juif et travaille à l'entrée du restaurant dans lequel nous nous apprétons à entrer. C'est lui qui distribue aux clients les tickets des plats à emporter.

Le calme revient et je ne sais pas s'il a réussi à faire avouer au groupe de femmes que l'une d'elles avait dit quelque chose d'apparemment offensant. Mais qu'a-t-il entendu ? Ceci, rapporte-t-il : « Lorsqu'elles sont entrés dans le restaurant, l'une des quatre femmes m'a demandé si c'était juif ou israélien, ici. Sa question m'a surpris. Je lui ai répondu très calmement que c'était juif et israélien, selon les plats. Elle a alors ajouté "les Israéliens sont des assassins !". Je lui ai rendu aussitôt son ticket et lui ai demandé de sortir immédiatement. Si ç'avait été un homme... »

Antoine Menuisier

# Posté le jeudi 01 janvier 2009 23:26

LIBERER NOEL !

LIBERER NOEL !

Libérer Noël


Y'a urgence.
Qu'on lui donne un sens chrétien ou une dimension familiale et profane, il est impératif de chasser le mercantile, de libérer cette fête de l'emprise des marchands et des obligations subies qui, au fil des années, ont fini pas nous faire oublier le vrai sens de ce rite annuel, le réduisant uniquement à sa fonction économique.
Désolant. Inquiétant. Allez, un peu de sincérité.

Combien d'entre nous ce soir seront déjà vidés d'avoir investi tous les samedis de décembre dans la « corvée des cadeaux « qui finiront dans un placard ou qu'ils s'empresseront de refiler dès le 26, d'avoir satisfait sans enthousiasme ces jours précédents à toutes sortes d'invitations, de pots, d'apéritifs, de bals d'entreprise ?

Combien d'entre nous n'ont pas déjà par avance ras le bol des orgies culinaires qui jusqu'au 2 janvier vont se succéder midi et soir, des cartes de voeux sans intérêt à expédier pour ne vexer personne ?

Combien d'entre nous rêvent secrètement de mettre les voiles pour faire l'impasse sur les visites rasantes et éviter toutes ces contraintes souvent plus factices qu'ardemment attendues ? Le propos n'est pas de gâcher la fête, de jouer les râleurs, les rabat-joie. Encore moins de partir en guerre contre la bonne bouffe. Il faut comme c'est le cas depuis la nuit des temps « fêter les fêtes avec faste ». Mais simplement de remettre les choses à leur place.
Libérer Noël, c'est rappeler que la joie d'être ensemble, en famille, ne se mesure pas à la taille des cadeaux et au nombre de langoustes dans l'assiette.
Libérer Noël c'est prendre le temps de se poser pour resserrer des liens, de consacrer un peu plus qu'à l'habitude du temps de l'écoute à ceux qu'on aime. Voilà le vrai sens de Noël et des fêtes de fin d'année.


Rachid




C'est le bordel !


L'économie capitaliste me fait moins penser à une science qu'à une maison close avec putes, maquereaux, gendarmes corrompus ou incompétents. Quant aux banquiers, gens que l'on croit d'ordinaire très sérieux parce qu'en costume trois pièces et bardés de diplômes, je les rangerai volontiers dans la catégorie des puceaux avides de pénétrer le joyeux bordel de la finance.

Il faut les comprendre : l'envie de s'encanailler bon marché, et pourquoi pas, de passer derrière le comptoir, devenir à son tour hareng, brasser du bifton pas très net en misouk ! Mais au jeu de la pêche en eau trouble, ils sont tombés sur un maître.
Un qui savait nager, c'est le cas de le dire. Comment Bernard Madoff, ex maître nageur, a-t-il pu enfumer le système de 50 milliards de dollars ?
Comment BNP Paribas a-t-elle pu se faire dépouiller de 350 millions d'euros alors qu'elle sait bien voir quand le clampin moyen est à découvert de quelques euros ?
Il me semble que cela ferait un bon sujet de dissertation pour les élèves qui vont étudier l'économie grâce à Xavier Darcos, du moins quand le ministre de l'Education fera passer sa réforme. Car pour l'heure, le sous-commandant Darcos vient de battre en retraite après avoir affirmé haut et fort dans le Journal du Dimanche qu'il fallait agir vite. Si ce n'est pas du “courage, fuyons !”, on se demande bien ce que c'est !

Pour revenir à l'interview de Darcos, il déclarait à propos de l'économie : “La situation actuelle a montré combien la compréhension des mécanismes économiques était importante.” “La compréhension des mécanismes” ? Oh le pédant ! Ah le bouffon ! Mais même le crétin intégral les comprend les mécanismes. C'est l'art des truands, le deuxième plus vieux métier du mot avec celui que vous savez. On les comprend tellement bien les mécanismes, que j'attends que mon banquier me dise quelque chose quand je serai à découvert. Comment je vais lui tirer l'oreille au bougre, le houspiller en public, l'envoyer voir là-bas si j'y suis !


Bruno Testa











Petit papa Sarko


En attendant la venue prochaine du père Noël, voyons ce que le petit papa Sarko nous a déjà apporté dans sa hotte politique en 2008.

L'augmentation du pouvoir d'achat, substantielle non ?
Comment ça, votre pouvoir d'achat n'a pas augmenté ?
Merde alors, moi qui pensais que c'était uniquement le mien qui faisait le régime. Une croissance arrachée avec les dents ?

Ah, c'est le contraire, une décroissance sans dentier ! Quand même, il doit bien avoir quelque chose de bien que notre président que le monde entier nous envie a fait ?
Quoi, quoi, j'en sais rien, laissez-moi réfléchir une minute. Les mineurs criminalisés dès 12 ans, la psychiatrie redevenue prison ?

Ah bon, c'est pas une avancée... La télévision comme au temps de l'ORTF ?

Non... ! Je ne vois pas alors ! Je donne ma langue à tous ceux qui pourraient me renseigner :
au chevalier à la triste figure François Fillon ;

à Xavier Bertrand dont la voix suave et le sourire sont autant de tubes de vaseline pour baiser les travailleurs en douceur ;

à Christine Lagarde qui a réussi à élever l'incompétence économique à la hauteur d'un art ;

à Michèle Alliot-Marie qui vous transformerait un poussin en terroriste ;

au docteur angélique Bernard Kouchner devenu, par la métamorphose du pouvoir, le défenseur cynique de la Realpolitik ;

à tous les ministres ou sous-ministres « de la diversité » qui utilisent la couleur de leur peau pour aider Sarkozy à faire la peau du peuple ;

sans oublier mes amis lecteurs qui trouvent que j'en fais trop sur Sarko !
Et comme cette rubrique s'arrête jusqu'au 12 janvier, je vous invite à chanter avec moi sur l'air de Petit Papa Noël, histoire de finir cette année dans la joie et la fraternité. Allez, tous ensemble, un, deux, trois :
Petit papa Sarko Quand tu descendras de l'Elysée Avec tes promesses par milliers, N'oublie pas mes petits souliers, etc., etc.


Bruno Testa








Casse-toi pauvre objet !


Tout le monde le sait : « embarrasser la voie publique en y laissant des objets » est une infraction passible d'amende. Surtout si ces « objets » sont des sacs de couchage, des couvertures et des bâches en plastique avec des gens dedans (des gens dans des « objets », non mais quelle idée !).

C'est donc en toute logique que le tribunal de Paris, il y a quelques jours, a condamné à 12 000 euros l'association Droit au Logement. C'est vrai quoi, on n'a pas idée de laisser traîner des lits de fortune pendant deux mois et demi sur des trottoirs de la bien-nommée rue de la Banque, en plein début d'hiver métropolitain. Avec 374 familles, qui plus est.

Réjouissons-nous donc de ce jugement digne d'une société qui aime que les rues soient propres, avec le moins « d'objets » possibles (pour les 4x4 qui se garent sur les trottoirs et empêchent les fauteuils roulants de passer, c'est différent : ce ne sont pas des « objets », mais des voitures). Et tant pis si, avec ces 12 000 euros, Dal aurait pu acheter des tas de chouettes et utiles « objets », comme des frigos ou des gazinières à installer dans des appartements.

Réjouissons-nous aussi de cette nouvelle tendance en matière d'habitat : le regroupement familial forcé. L'autre soir, dans l'émission « Ils font bouger la France », présentée par Béatrice Schönberg, nous avons assisté à de belles histoires. Comme celle de ce jeune salarié contraint (mais quelle joie !) de se rendre chez sa maman, tous les quinze jours, pour voir son garçon qu'il ne peut recevoir dans sa minuscule chambre du foyer qui l'héberge. Ou encore de cette mère de famille, elle aussi salarié, seule avec son bébé de deux mois, obligée (mais quel plaisir !) de retourner vivre dans le deux-pièces de sa mère, avec sa grande s½ur.

Et applaudissons ce sobre commentaire du président d'une association nationale de propriétaires : « Il me semblait que, lorsqu'il y avait un bébé, il y avait aussi un papa ». Sous-entendu : si cette jeune femme avait, comme tout le monde, un conjoint, cela ferait deux salaires et tout irait bien !

Réjouissons-nous enfin de l'existence de cette loi Dalo (droit au logement opposable), qui permet, depuis lundi dernier, de poursuivre l'Etat en cas de mal-logement, ou de non-logement. Bon, c'est un parcours du combattant. Mais c'est déjà ça. Et puis il faut avoir confiance en la justice de son pays : une institution qui n'aime pas qu'on embarrasse les rues avec des « objets », même abritant des êtres humains, ne peut pas être fondamentalement mauvaise.


David Chassagne dchassagne@jir.fr




Sous-commandant Darcos !


Avec ses méthodes guerrières masquées sous un air de premier de la classe, le ministre de l'Éducation Xavier Darcos a fini par obtenir ce qu'il mérite. Partout, en métropole comme dans les Dom, on s'organise, occupe des écoles, pétitionne, en appelle à la désobéissance. Une résistance qui regroupe aussi bien les syndicats d'enseignants, les syndicats lycéens et étudiants que les parents d'élèves.
Preuve qu'il ne s'agit pas d'un mouvement corporatiste comme aiment à le dire ceux qui prennent des mesures sans concertation et s'étonnent ensuite des réactions négatives.

Je ne suis pas un spécialiste de l'Éducation.

Comme beaucoup de Français je suppose, je n'ai jamais rien compris aux réformes de l'enseignement. Mais pour une fois, les choses me semblent claires. La réforme promise par le ministre de l'Éducation s'apparente plus à une opération de guérilla qu'à une volonté de rénover un édifice jugé poussiéreux. Ainsi, après avoir supprimé 11 200 postes en 2008, Xavier Darcos prévoit de supprimer 13 500 postes en 2009.
Au risque de paraître naïf, je me pose une question.

Soit tous ces enseignants étaient inutiles,
et on peut s'étonner que des gouvernements successifs (de gauche comme de droite) aient pu les payer à glander.

Soit ils étaient utiles et on s'explique mal que l'on puisse brutalement se passer de leurs services, même si l'on invoque ici ou là une diminution des effectifs d'élèves. Ce n'est pas tout, 3 000 postes de maîtres spécialisés dans l'aide aux élèves en difficulté, les bien nommés Rased, sont menacés d'être rasés !
À tout cela, il faudrait ajouter les propos désobligeants tenus par Darcos sur les enseignants de maternelle uniquement occupés d'après lui, à faire faire des siestes et changer les couches ;
les grands coups de ciseaux dans les sciences économiques et sociales ! Bref, on comprend que les professeurs et les parents d'élèves jugent alarmantes les méthodes de Jivaro du sous-commandant Darcos.


Bruno Testa

# Posté le vendredi 19 décembre 2008 07:01

Modifié le lundi 29 décembre 2008 01:31

Les tribunaux laxistes incitent les profanateurs à agir

Les tribunaux laxistes incitent les profanateurs à agir
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Les tribunaux laxistes incitent les profanateurs à agir


Christophe Cornevin et Cyrille Louis
Premier constat : si l'atteinte à l'intégrité des cadavres dans les cimetières reste assez rare, avec une moyenne de 8 cas par an, les atteintes aux sépultures sont plus courantes. Il en survient environ une tous les deux ou trois jours en France. Dans les huit premiers mois de l'année, 110 profanations de nécropoles ont été constatées. Entre 2006 et l'année dernière, leur nombre avait déjà bondi de 21 %, passant de 119 à 144 faits.



Des tribunaux cléments

Dans «70 à 85 % des cas», les violations ont lieu en «zone gendarmerie, rurale, plutôt qu'en milieu urbain dense.» Outre le Nord-Pas-de-Calais, les régions Rhône-Alpes, Picardie, et Aquitaine sont les plus touchées. Seules la Corse, la Bourgogne et l'Auvergne seraient épargnées depuis janvier. Curieux constat des parlementaires : «Les délits dans les cimetières sont apparemment surtout liés au climat.» Avec un pic en mai, juin et juillet. Les cimetières étant «souvent isolés et peu fréquentés» et les méfaits commis la nuit, le taux d'élucidation avoisine les 20 % depuis 2008. Policiers et gendarmes sont cependant plus efficaces qu'en 2007 (18 % de réussite) et 2006 (14 %). L'année dernière, 53 profanateurs ont été condamnés pour ce type de délit, passible de 45 000 à 75 000 euros et de 3 à 5 ans d'emprisonnement. Dans les faits, les tribunaux se montrent cléments : sur 310 condamnations pour violation de tombeau infligées en dix ans, la justice n'a délivré que 15 peines de prison ferme, pour une durée moyenne de 3,7 mois.

Parmi les quatre types de mobiles recensés (vandalisme, satanisme, racisme-antisémitisme, et vol de métaux), le ressort «crapuleux apparaît en nette augmentation ces dernières années », notamment dans les nécropoles militaires. «En 2007, 9 cimetières musulmans qui ont été touchés et 5 lieux de sépultures israélites, remarquent les rapporteurs. Malgré un traitement médiatique qui donne une impression inverse, la grande majorité des profanations concerne des sépultures chrétiennes...» Autour de 10 % à 15 % des profanations seraient sataniques. Et 80 % des interpellés par la gendarmerie depuis janvier ont moins de 18 ans.


Article de M.GHAZLI
http://www.ghazli.com/

# Posté le jeudi 11 décembre 2008 04:34

Modifié le mercredi 14 janvier 2009 06:12