Avant de tirer sa révérence de la scène internationale, Miriam Makéba, qui restera éternellement de tout un continent la “diva”, avait honoré la Réunion d'un vibrant concert il y a deux ans pour célébrer la liberté. Elle continuait malgré les ans à chanter, défendant les causes qui le plus lui semblaient mériter l'écho de sa voix. Une voix engagée toute une vie à dénoncer les inégalités de la société. Hier, celle qui fut aux Etats-Unis l'égérie des Black Panthers a, au moment de la victoire d'Obama, quitté la scène, en Italie, où elle chantait pour soutenir Saviano et dénoncer la mafia. Zenzile, l'exilée vient de passer, à 76 ans, de l'autre côté... laissant le monde, et pas seulement l'Afrique du Sud, orphelin de son chant et d'une “Wonderful Mama” dont elle nous a fredonné les notes a cappella lors d'une rencontre mémorable à la Villa du Département, pour signifier tous les liens tissés par la maternité avec la vie.
“MON COEUR APPARTIENT À L'AFRIQUE”
Elle avait fini par retrouver le pays où elle a vu le jour en 1932 du côté de Joburg, à Prospect Township, qui devait devenir le tristement célèbre Soweto. Pour tout le monde là-bas, elle était la petite Uzenzile, un nom qui signifie quelque chose comme “Tu ne dois t'en prendre qu'à toi-même”. Le symbole d'une existence sans nuance et empreinte d'alternance entre épreuves et défis. A peine née, elle s'est retrouvée en prison avec sa maman inculpée quelques mois pour fabrication illégale de bière, la seule façon qu'elle ait trouvée pour faire vivre sa famille. Zenzi n'avait que 5 ans quand son père est mort, et puis sont arrivés les nationalistes afrikaners à la tête du pays, symbole pour le peuple noir de l'enfer de l'apartheid. A 20 ans, elle cumule ce qu'on appelle des petits boulots et devient maman dune petite Bongi, qu'elle élève seule avec sa mère. Elle va finalement trouver sa voie et un métier en mettant toute son énergie dans le chant. Avec les Cuban Brothers pour commencer. En 1952, c'est au sein des Manhattan Brothers qui lui donnent son nom de scène, Miriam, qu'elle deviendra célèbre et mettra à profit ses talents pour condamner le régime ségrégationniste et ses injustices. Le hasard des tournées hors du pays la conduira à devenir partout et en particulier aux Etats-Unis, aux côtés d'Harry Belafonte, de Nina Simone, de Duke Ellington et Miles Davis, notamment, une véritable ambassadrice de la cause noire. Ses prises de position contre le gouvernement sud-africain lui vaudront comme chacun sait d'être alors d'être bannie de son pays pendant plus de trente ans. Elle l'apprendra en même temps que le décès de sa mère, puiqu'on lui interdit alors l'entrée en Afrique du Sud pour aller l'enterrer. Les Américains à leur tour se positionneront contre la chanteuse militante et verront d'un mauvais ½il son alliance avec Stokely Carmichael. Elle devra alors s'exiler ailleurs, en Guinée, plusieurs années. Et puis, une nouvelle tragédie, la pire pour elle, Bongi son unique enfant, devenue l'auteur de ses chansons, chanteuse aussi et mère également, décédera tragiquement et Miriam devra refaire ses valises, avec ses petits-enfants, pour s'installer en Europe cette fois, jusqu'à ce que Nelson Mandela parvienne à la convaincre de rentrer au pays au début des années 90. En zoulou, en zhoxa, en tswana, Miriam Makéba a continué à entonner ses mélodies qui parlent de tolérance, de paix , de devoir de mémoire et, au fil des années, consacrant la plus grande partie de sa vie et de ses finances à s'occuper d'entourer l'existence précaire des jeunes filles des townships d'Afrique du Sud. “Africa is where my heart lies”, a-t-elle chanté toute sa vie, “Cause we live for love”. Le gouvernement sud-africain répond aujourd'hui à la star du “Soweto blues” en rendant hommage, selon les mots du ministre des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini Zuma, à “l'une des plus grandes artistes de la chanson, morte en faisant ce qu'elle savait le mieux, une capacité à faire passer un message positif par le chant”. Nul doute que Zenzi Makéba soit accueillie là-bas par les “Malaisha” ( les anges en swahili) de la chanson qu'elle aimait partager avec Belafonte
R.D