ZENZI EST PARTI

ZENZI EST PARTI
Voilà le monde de la musique en deuil de la mère de l'Afrique. Miriam Makéba s'est éteinte à Naples, en Italie, au terme d'un concert de soutien pour l'écrivain Roberto Saviano, auteur du best-seller Gomorra




Avant de tirer sa révérence de la scène internationale, Miriam Makéba, qui restera éternellement de tout un continent la “diva”, avait honoré la Réunion d'un vibrant concert il y a deux ans pour célébrer la liberté. Elle continuait malgré les ans à chanter, défendant les causes qui le plus lui semblaient mériter l'écho de sa voix. Une voix engagée toute une vie à dénoncer les inégalités de la société. Hier, celle qui fut aux Etats-Unis l'égérie des Black Panthers a, au moment de la victoire d'Obama, quitté la scène, en Italie, où elle chantait pour soutenir Saviano et dénoncer la mafia. Zenzile, l'exilée vient de passer, à 76 ans, de l'autre côté... laissant le monde, et pas seulement l'Afrique du Sud, orphelin de son chant et d'une “Wonderful Mama” dont elle nous a fredonné les notes a cappella lors d'une rencontre mémorable à la Villa du Département, pour signifier tous les liens tissés par la maternité avec la vie.


“MON COEUR APPARTIENT À L'AFRIQUE”


Elle avait fini par retrouver le pays où elle a vu le jour en 1932 du côté de Joburg, à Prospect Township, qui devait devenir le tristement célèbre Soweto. Pour tout le monde là-bas, elle était la petite Uzenzile, un nom qui signifie quelque chose comme “Tu ne dois t'en prendre qu'à toi-même”. Le symbole d'une existence sans nuance et empreinte d'alternance entre épreuves et défis. A peine née, elle s'est retrouvée en prison avec sa maman inculpée quelques mois pour fabrication illégale de bière, la seule façon qu'elle ait trouvée pour faire vivre sa famille. Zenzi n'avait que 5 ans quand son père est mort, et puis sont arrivés les nationalistes afrikaners à la tête du pays, symbole pour le peuple noir de l'enfer de l'apartheid. A 20 ans, elle cumule ce qu'on appelle des petits boulots et devient maman dune petite Bongi, qu'elle élève seule avec sa mère. Elle va finalement trouver sa voie et un métier en mettant toute son énergie dans le chant. Avec les Cuban Brothers pour commencer. En 1952, c'est au sein des Manhattan Brothers qui lui donnent son nom de scène, Miriam, qu'elle deviendra célèbre et mettra à profit ses talents pour condamner le régime ségrégationniste et ses injustices. Le hasard des tournées hors du pays la conduira à devenir partout et en particulier aux Etats-Unis, aux côtés d'Harry Belafonte, de Nina Simone, de Duke Ellington et Miles Davis, notamment, une véritable ambassadrice de la cause noire. Ses prises de position contre le gouvernement sud-africain lui vaudront comme chacun sait d'être alors d'être bannie de son pays pendant plus de trente ans. Elle l'apprendra en même temps que le décès de sa mère, puiqu'on lui interdit alors l'entrée en Afrique du Sud pour aller l'enterrer. Les Américains à leur tour se positionneront contre la chanteuse militante et verront d'un mauvais ½il son alliance avec Stokely Carmichael. Elle devra alors s'exiler ailleurs, en Guinée, plusieurs années. Et puis, une nouvelle tragédie, la pire pour elle, Bongi son unique enfant, devenue l'auteur de ses chansons, chanteuse aussi et mère également, décédera tragiquement et Miriam devra refaire ses valises, avec ses petits-enfants, pour s'installer en Europe cette fois, jusqu'à ce que Nelson Mandela parvienne à la convaincre de rentrer au pays au début des années 90. En zoulou, en zhoxa, en tswana, Miriam Makéba a continué à entonner ses mélodies qui parlent de tolérance, de paix , de devoir de mémoire et, au fil des années, consacrant la plus grande partie de sa vie et de ses finances à s'occuper d'entourer l'existence précaire des jeunes filles des townships d'Afrique du Sud. “Africa is where my heart lies”, a-t-elle chanté toute sa vie, “Cause we live for love”. Le gouvernement sud-africain répond aujourd'hui à la star du “Soweto blues” en rendant hommage, selon les mots du ministre des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini Zuma, à “l'une des plus grandes artistes de la chanson, morte en faisant ce qu'elle savait le mieux, une capacité à faire passer un message positif par le chant”. Nul doute que Zenzi Makéba soit accueillie là-bas par les “Malaisha” ( les anges en swahili) de la chanson qu'elle aimait partager avec Belafonte


R.D

# Posté le mardi 11 novembre 2008 15:12

L'AFGANISTAN, LA VERITE SELON CHRISTOPHE DE PONFILLY.....

Interscoop
Active depuis 1983, cette agence de presse, dirigée par Christophe De Ponfilly et Frédéric Laffont, tous deux Prix Albert Londres, n'en finit pas d'étonner par la qualité de ses films et la rigueur de sa démarche. Son indépendance au parfum de dissidence lui vaut d'occuper une place particulière dans le monde de la Télévision.



Interview de Christophe De Ponfilly
Le 28/04/2003



Majid - Qu'est-ce qui a changé pour vous depuis le 11 septembre 2001 et l'intervention américaine en Afghanistan ? Je m'intéresse notamment aux travers de l'aide humanitaire, des politiques et journalistes...

Christophe De Ponfilly - on s'applique à reconstruire l'Afghanistan. C'est vrai qu'il y a des erreurs énormes. Il y a d'abord des promesses d'argent qui devraient être tenues, mais qui ne sont pas tenues. Tout ça parce qu'il n'y a pas les structures pour les recevoir et les gérer. Comme un serpent qui se mort la queue. Il n'y a pas les hommes pour gérer la répartition de l'argent.

Quand on voit que la plupart de ces sommes d'argent sert à payer les experts occidentaux - que vous avez 250, même plus, ONG qui sont à Kaboul - qu'il y a une inflation délirante à Kaboul, que par exemple trouver une maison à Kaboul, c'est aussi difficile, aussi cher que de trouver une maison dans le 7ème arrondissement à Paris ! Il y a des embouteillages de 4x4 dans Kaboul, de 4x4 d'ONG !

Il y a un moment où moi, Merabuddin Masstan me dit "mais nous, lorsqu'au ministère des Affaires Étrangères on veut embaucher quelqu'un, une secrétaire par exemple, on va lui donner 50 dollars par mois, alors que l'ONG voisine elle va lui donner 200 ! Elle va forcément à l'ONG voisine". Alors comment on reconstruit l'Etat afghan et l'appareil d'Etat ! Et il y a beaucoup de choses qui fonctionnent très très mal comme cela. En plus, moi, il y a des choses qui me choquent. C'est qu'ici, le monde industriel commence à être catastrophé par la position française par rapport aux Etats-Unis et à l'Irak (ce que je trouve un peu gros d'ailleurs). Ils n'ont qu'à assumer ! Et puis s'ils veulent bosser et investir dans des pays où il y a tout à faire, l'Afghanistan, c'en est un. Donc évidemment, il y a des risques... et oui, mais le monde d'aujourd'hui, si on ne prend pas des risques, on ne fait pas grand chose !

Majid - Depuis la mort de Massoud, qu'avez vous réalisé, chronologiquement depuis 2 ans ?

Christophe De Ponfilly - Comme action ? D'abord, j'ai témoigné. C'est à dire que j'ai dépassé la tristesse et la colère. Parce que j'ai eu après la tristesse, une colère qui s'est ravivée. Dans la mesure où mon film "Massoud l'Afghan" et le livre que j'avais écrit, qui était sortit en 1998 (assez confidentiellement, à cette époque), le livre est devenu un best seller (comme on dit), après septembre 2001. Et ça m'a vraiment choqué encore plus. C'est à dire que ce livre et ce film étaient fait pour attirer l'attention occidentale, sur Massoud et qu'on aide cet homme. Cela faisait des années qu'on aurait dû aider cet homme. Les américains aidaient Gulbuldin Hekmatyar et ensuite d'une manière indirecte les taliban. C'était la folie totale.

Donc, moi j'avais essayé ainsi que plusieurs amis : on a été quand même près d'un millier de français à aller en Afghanistan, dès les années 80. Je l'ai raconté d'ailleurs dans un livre qui s'appelle "Vies clandestines" et le film.

On était sidéré. Les groupes islamistes qui venaient s'entraîner, bien éloignés de l'Islam pratiqué par Massoud (respectueux et pacifique) des Algériens, des Soudanais, des Saoudiens... qui venaient faire la guérilla, des types qu'on a retrouvé en Bosnie... on le signalait. Mais ce n'était pas pris en compte. Et c'était extrêmement choquant. Et il a fallu qu'il y ait ces événements, non pas l'événement du 9 septembre d'ailleurs. Parce que je pense que l'assassinat de Massoud aurait été assez rapidement effacé, s'il n'y avait pas eu les attentats contre les Etats-Unis. Les attentats contre les Etats-Unis, avec d'une part le côté très spectaculaire de ces attentats, et puis qui a touché au coeur des Etats-Unis, et puis le relais médiatique délirant. C'est à dire que, je me trouvais aux Etats-Unis au moment où il y a eu les attentats. J'étais sidéré. Quand toutes les chaînes américaines se sont mises à diffuser les images (après elles ont été diffusées dans le monde, elles étaient reprises partout) mais aussi au bout d'1/4 d'heure, on nous montrait le coupable. C'était Ben Laden. Et au bout d'1/2 heure, l'amalgame terroriste = afghan, afghan = terroriste était fait. Donc c'était vraiment très très inquiétant.

La première chose que j'avais faite en rentrant dans l'avion - d'ailleurs on n'était pas nombreux dans l'avion (j'ai pris un des premiers avions pour rentrer en France). C'était l'état de guerre aux Etats-Unis. Ils avaient bloqué tous les aéroports, les routes menant aux aéroports. C'était vraiment l'immense inquiétude. Ils étaient un peu paumés. La responsabilité de leurs services est énorme. Et j'ai écrit une lettre ouverte aux américains. C'est un texte que Le Monde n'a pas voulu et le Figaro l'a mis en pleine couverture. Et là ça a mis un certain temps à être publié.

Majid - Justement sur mon site, le discours de Massoud est adressé aux Etats-Unis et je trouve qu'il emploie un discours très diplomate. Et je trouve cela impressionnant.

Christophe De Ponfilly - Massoud était précis. Mais il avait fait une erreur énorme de croire qu'il devait régler le problème afghan en Afghanistan. Et il ne regardait pas le monde étranger.

Majid - Ce sont les français qui lui ont donné l'idée de venir en Europe ?

Christophe De Ponfilly - Oui, on lui répétait à chaque fois. Donc, j'ai fait cette première lettre ouverte. Après, la chaîne Histoire m'a proposé de rediffuser tous les films que j'avais fait sur l'Afghanistan. On a remis en oeuvre les 12 films qui ont été diffusés plusieurs fois. Et puis surtout, ils m'ont donné l'occasion de faire quelque chose qui m'a vraiment plu : de prendre dans mes rush, le matériel brut de tournage. Et j'ai fait un film de 5 fois 1 heure, de séquences brutes comme ça, non montées, de moments avec Massoud. Ca s'appelle "A la mémoire de Massoud".

Majid - C'est un document qui me touche, parce que par rapport à lecture de "Massoud l'Afghan", ce que j'en ai vraiment tiré, c'est que vous vouliez montrer Massoud l'"homme de paix". Je me suis dis que peut-être dans les rush vous l'aviez ?

Christophe De Ponfilly - Ah oui, on le voit beaucoup, bien sûr.

Majid - J'ai essayé de traduire ça sur le site en hommage à Massoud. En fait, j'ai travaillé beaucoup par rapport à cette idée là, de chercher à montrer quelqu'un qui n'était pas seulement un homme qui faisait la guerre...

Christophe De Ponfilly - C'était une erreur de la part des gens de voir ça.

Majid - C'était un poète. Et c'est ce que j'ai demandé à Qassim Azimi [intime de Massoud] quand je l'ai interviewé. C'est sur la page "Témoignages". J'ai ainsi demandé à Qassim "toi qui as vécu avec lui pendant son enfance et pendant la guerre, parle moi de Massoud le poète, l'homme de foi..." Par rapport à ma sensibilité, c'est ce que je recherchais. Et donc dans votre film "Massoud l'Afghan", vous dites que vous n'avez pas réussi à filmer Massoud l'"homme de paix", que vous l'avez filmé faisant la guerre. Où en êtes vous par rapport à cela ?

Christophe De Ponfilly - Là, vous verrez, il y a beaucoup de scènes. Donc on a pu faire ça. Ensuite j'ai écrit ce livre "Lettre ouverte à Joseph Kessel sur l'Afghanistan". Mais ça n'a pas été relayé médiatiquement. Le livre est devenu un bide. J'espère qu'on va aussi en sortir en livre de poche. Pourtant l'éditeur, Daniel Radford (éditeur juif d'ailleurs) rue des Rosiers, a été emballé par Massoud. Il l'a vraiment mis en place. On en a tiré 8000 exemplaires. On va peut-être en vendre 8500 à mon avis.

Ensuite j'ai fait un autre travail. On a ressorti le film "Massoud l'Afghan" en 35 millimètres dans les salles. Hélas, on est tombé sur un distributeur qui n'y croyait pas, à Océan, qui nous a foutu en l'air la sortie. C'est à dire qu'on est resté avec 4 copies, alors que pour faire une sortie, il en faut une cinquantaine. Et en plus, il y avait une demande. Il y a eu 30 000 personnes qui l'ont vu quand même, autour de ces 4 copies ! Nous ça nous a coûté de l'argent. Il nous a escroqués. On n'a pas vu un centime. On a payé 150 000 francs avec le déstockage. C'est énorme, 20 000 euros qui sont partis !

Maintenant, j'aimerai beaucoup sortir "Vies clandestines" au cinéma. Parce que je trouve qu'il est porteur de quelque chose de précieux. C'est un film qui donne de l'énergie et des idées d'agir. Je pense qu'il montre que chacun détient dans ses mains les moyens d'agir.

Majid - Dès la première page de "Vies clandestines" vous écrivez "ces gens qui osent".

Christophe De Ponfilly - Oui, c'est ça. Il y a des tas de gens qui sont surtout pris dans la vie professionnelle, de société, dans un système hiérarchique... et ils ont l'impression que l'aventure, c'est réservé aux autres. L'aventure, c'est à dire prendre des risques, faire quelque chose qui n'a pas encore été fait, chacun peut le faire.

Majid - Vous avez écrit que vous aviez démarré sur le tas.

Christophe De Ponfilly - Ah oui. Je n'ai pas fait d'école de journalisme. J'étais avec Jérome Bony. On a été en Afghanistan, avec une caméra super 8, de l'argent emprunté. Et puis après j'ai rencontré Frédéric Laffont qui est devenu un ami, et puis mon associé ici à Interscoop. Du fait qu'on a crée cette structure. C'est vraiment notre outil. Et ça, c'est très très précieux. On a deux salles de montage. On a du matériel de tournage, et on est resté dissidents de la télé. C'est à dire qu'on la conteste. On conteste des programmateurs débiles qui mettent des émissions généralement de qualité à des heures où le public ne peut pas les regarder. Mais on a un outil très efficace. On a réussi, grâce à notre association, à la chance, au travail... à garder notre indépendance et avoir un outil performant.

Majid - Justement dans "Vies clandestines", on voit bien la différence entre ce que vous faites et les médias. Et ce qui est impressionnant de voir, c'est que vous arrivez quand même dans ces médias là, à faire passer le discours, sur Arte, à France 2...

Christophe De Ponfilly - Avec Jérome Bony, on a fait un truc qui m'a vraiment plu, en janvier 2002. Yves Janot, le patron des documentaires, nous a permis de faire une émission de 2 heures, en direct, sur l'Afghanistan. On a travaillé à la préparer. Et donc, c'est idiot de l'avoir mis à 23 heures, surtout qu'ils ont eu une audience énorme, et puis un retour énorme ; énormément de réactions de gens qui disaient "enfin un regard constructif sur la télé, la façon de témoigner..." Et ça, c'était passionnant.

Majid - Il y a eu un fort écho de votre émission. Chez les gens de mon entourage, c'est de vous voir en face l'un de l'autre qui a beaucoup plu. Parfois vos points de vue se confrontaient aux images.

Christophe De Ponfilly - On est respectueux du travail de l'un et de l'autre. On avait besoin d'une demi heure de plus pour vraiment se confronter sur certains points. On n'est pas d'accord sur le journal télévisé. Moi je pense que c'est obligatoirement truffé d'erreurs. Je ne suis pas non plus pour qu'on supprime le journal télé. Je crois que c'est très important d'avoir des témoins sur place. On est d'accord. Mais le démentis, l'honnêteté journalistique, ce qui se passe, bien sûr, est très vulnérable et incomplet.

Moi, je suis très respectueux des gens qui font ce métier. Parce que d'abord ils font un métier hyper difficile. Ils prennent beaucoup de risque. Et souvent on ne le dit pas assez. Maintenant, des erreurs, je trouve que c'est tout à fait normal. Et c'est là où le documentaire doit être joint aux informations du journal télévisé. C'est ce qu'il fait d'ailleurs.

Sur la guerre en Irak, les gens qui voulaient avoir plus sur l'Irak, sur ce qui était en train de se tramer, sur Arte, ils avaient tous les documents. Le problème c'est que vous avez des journaux et puis des documentaires. C'est dommage. Il faudrait les accoler. Voilà, c'est le reproche que je fais aux programmateurs.

Il y a eu beaucoup d'incompétents comme directeurs de chaîne, des types comme Elkabach. C'est une calamité. Ce ne sont que des gens qui recherchent le pouvoir. Ils n'ont pas d'humanité. Ils font semblant d'être des démocrates alors que ce sont des vrais tyrans, quand ils sont à la direction d'une chaîne. Elkabach nous avait supprimé l'émission qu'on avait, qui s'appelait Zanzi Bar, une collection documentaire qui était la plus primée du service public. On était attentifs à filmer les être humains. Il a eu envie de la supprimer. Pourquoi ? Parce qu'on gueulait pour l'horaire de diffusion ? Il payait d'une manière délirante quelques animateurs.

Donc ce type là, il s'est retrouvé à la tête d'une chaîne. Alors c'est ce qu'on dit toujours avec Frédéric ou avec quelques autres qui travaillent avec attention et respect, c'est de se dire, évidemment, il faudrait que l'un d'entre nous prenne la direction d'une chaîne. Mais bon, on a pas envie. Je préfère faire des films que de travailler à la direction d'une chaîne. Faudrait vraiment que j'ai un gros accident et que je sois handicapé pour travailler derrière un bureau. Et puis en plus, les chaînes, il y a des tas de problèmes avec les syndicats. Il y a une telle gestion bizarre de la main d'oeuvre.

Moi je trouve que quand les syndicats se sont battus comme des dingues pour sauvegarder des équipes de 3 personnes pour les tournages, lorsqu'il y a eu l'invention de la bétacam, qui était une machine qui permettait de faire le son et l'image en même temps, alors qu'on n'avait plus besoin de 3 personnes. Deux personnes suffisaient, et même parfois une. Moi, je leur disais mais battez vous plutôt pour autre chose. On garde le même nombre de personnel. On réduit les équipes par deux et on leur donne deux fois plus de temps. Parce que cette valeur temps elle est indispensable quand on fait des témoignages. Ce sont des hommes. On ne peut pas approcher quelqu'un, essayer de recueillir la vérité en 5 minutes.

Majid - Et techniquement, comment cela se passe ? J'ai énormément aimé réaliser l'interview de Qassim Azimi pour ZaléaTV et souhaite poursuivre.

Christophe De Ponfilly - Maintenant, on est en DV. "Massoud l'Afghan" je l'ai fait en DV. Les optiques sont moins bonnes. Mais quand même, quand l'image est bien utilisée, en DV, c'est aussi bon que la béta. C'est moins confortable en ce moment, sauf que c'est tellement léger que ça a des avantages énormes. La béta, on s'est tous abîmés le dos en tournant en béta. Pour faire le film "Poussière de guerre" - c'est un des films qu'on aime le plus avec Frédéric - j'avais tourné pendant trois mois dans tout le nord est de l'Afghanistan. J'avais une betcam sur le dos. Et bien je l'ai sentie !

Majid - Ce qui m'intéresse beaucoup, dans "Poussière de guerre", c'est le fait d'avoir filmé des deux côtés, afghan et russe. C'est plus objectif.

Christophe De Ponfilly - Bien sûr.

Majid - Les soldats russes qui allaient au charbon... Et on sait que les russes ont fait des horreurs. Lorsque je me suis rendu à l'ambassade d'Afghanistan en automne 2001, Pascal Avot de "Liberté Afghanistan" m'avait dit de lire M.Barry, effectivement, où on apprend que c'est les russes qui ont fait des actes de barbarie.

Christophe De Ponfilly - Les afghans aussi. Vous avez quand même des zones où les afghans ont joué au bozkachi avec des prisonniers soviétiques ! C'était pendant la période soviétique. Il y a eu des trucs dément, en fait. On avait traité cela : la façon dont les horreurs attribuées à l'ennemi finissent par être amplifiées et à devenir quelque chose d'incroyable.

Dans le film, il y a un moment incroyable. Il y a d'une part des afghans qui racontent comment les russes crucifiaient les bébés sur les portes, mettaient le feu aux berceaux... et puis d'un autre côté on a les russes qui, un moment dans un musée d'un héros soit disant de l'armée soviétique, ils ont fait une grande fresque des forces du bien qui combattent les forces du mal. Donc l'afghan est devenu "les forces du mal".

Et nous on a fait un truc incroyable. On a passé pendant toute cette semaine de diffusion sur la chaîne Histoire, le carnet de route filmé d'un voyage que nous avions fait à Minsk, en 1992, pour montrer justement "Poussière de guerre" aux russes. On a donc fait une série de projections. Et c'était hallucinant. La première projection, il y avait des femmes qui avaient perdu soit leur mari, soit leur fils en Afghanistan et puis les anciens d'Afghanistan. Et les gens pleuraient dans la salle en voyant le film. Quand l'armée est arrivée, on s'est dit comment ils vont réagir. Est-ce qu'ils vont nous insulter, nous traiter de salops, parce qu'on donnait aussi une part de parole aux afghans bien sûr.

Majid - Il y avait un général qui avait réagi.

Christophe De Ponfilly - C'était après, pendant une autre projection. Et là les gens nous ont stupéfaits. La femme qui vient nous embrasser, la première qui passe pour nous dire : "on vous remercie. Vous nous avez montré des vérités qu'on nous avait toujours cachées. On nous avait dit que l'Afghanistan était un pays noir, avec des monstres et des bandits". Et lorsqu'on voit ces paysages magnifiques, ces visages lumineux, on nous dit "mais qu'est ce qu'on nous a menti".

Majid - Par rapport à ce problème d'avoir l'information juste et puis cette amplification de ce qui se passe, quand j'ai vu récemment Monsieur De Beaurecueil au couvent des dominicains, j'ai lu son livre "Mes enfants de Kaboul" où justement il y a un passage, où il allait sur la tombe du maître soufi dont il faisait l'étude. Et des afghans l'ont vu et ont rapporté des ragots, mais amplifiés d'une façon extraordinaire. Ils ont inventé toute une histoire autour de ça, pour faire sa légende. Et après cela se retrouve dans l'historique de ces gens qui s'impliquent. Et justement, par rapport à cela, comment un journaliste peut avoir l'information vraie. J'imagine que pour Massoud cela doit être très amplifié ?

Christophe De Ponfilly - C'est toujours la difficulté. Massoud, il y avait des légendes. On disait qu'il volait au-dessus des rochers... Mais par contre il y a le contre exemple. Il y a aussi des journalistes qui m'ont dit qu'ils font des erreurs qui ne sont pas très honnêtes. Et ça c'est très dangereux. Il y a notamment une histoire que je veux faire savoir à chaque fois. J'ai cité même son nom dans le livre sur J.Kessel. Il s'appelle Luc Desbenoit. Il est journaliste à Télérama. Et bien ce type, je ne l'ai jamais rencontré. Mais pour moi, on devrait lui déchirer sa carte de presse. Il est parti faire un reportage sur Kaboul, au moment où j'ai sorti "Vies Clandestines". Et il sort ce reportage. Et dans ce reportage, plutôt que de parler de ce qu'il a vu, il véhicule les propos de quelqu'un qui lui dit (en plus il ne cite pas la personne, mais je crois savoir qui c'est) "pourquoi il y a deux poids deux mesures, on sanctionne les taliban parce qu'il y a du trafic de drogue, alors qu'il y a du trafic de drogue chez Massoud, que Massoud vend de la drogue et tout". Alors là, les bras m'en tombent, quand je vois ça ! On a été nombreux à voyager dans les zones de Massoud. On n'a jamais vu de culture de pavot. Non seulement on n'a jamais vu de culture de pavot, mais Massoud était totalement opposé. Il était même opposé à la cigarette ! Il ne voulait pas que ses hommes fument. Donc, j'envoie une lettre à Luc Debesnoit...

Majid - Ca a été publié dans Télérama ?

Christophe De Ponfilly - Ah oui. Non seulement ça a été publié, mais ça a fait partie de la documentation que la plupart des types qui sont pas spécialistes utilisent. Alors ça, rendez le vraiment publique. Donc, je lui ai envoyé une lettre le 17 avril 2001, en lui disant "mais vous dites des choses graves. Donc moi, ça m'intéresse vraiment d'avoir les preuves qui vous permettent d'affirmer que Massoud ait été un trafiquant de drogue. Donc envoyez moi les preuves". Il ne m'a jamais répondu ! Je l'avais relancé une fois... Mais ça, c'était dégueulasse. C'était lamentable. Alors cette documentation, donc certainement, fait partie des documentations que les journalistes emmenaient.

Majid - Ce qui est bien, lorsque l'on s'intéresse aux relations internationales, à la politique, c'est de se rendre compte, que ce n'est pas si simple. On voit une information publiée dans un journal qui n'est pas juste. Il y a des critiques. Et au départ on peut s'imaginer que le journal diffuse de mauvaises informations. Alors qu'en fait c'est plus compliqué que ça.

Christophe De Ponfilly - Oui, c'est plus compliqué que ça.

Majid - Le journaliste peut être mauvais, ou se tromper. C'est jamais globalement : le journal est mauvais. Et c'est ça qu'il faut que j'arrive à dire aux gens, sur le site en hommage à Massoud : c'est pas parce que l'on critique une fois Télérama que globalement Télérama dit du faux.

Christophe De Ponfilly - Bien sûr, on trouve de très bons papiers.

Majid - Justement par rapport à ça, la dominante d'un journal, vous arrivez à la sentir ? Le Monde vous arrivez à sentir si c'est pro-démocratique, ou pro-marché... ?

Christophe De Ponfilly - Il y a Françoise Chipot du Monde, elle est anti-Massoud à mort. Donc elle a toujours détesté les gens du nord. Elle est très proche des milieux pakistanais. Elle a des amis pakistanais. Et elle a toujours une épure des évènements d'Afghanistan très pro-pakistanais et très anti-Massoud. Et c'est très très net. Elle a toujours été extrêmement injuste, dégueulasse même parfois dans Le Monde. C'est scandaleux ce qu'elle a écrit.

Il y a aussi des gens qui sont à Inter. Il y a Bromberger qui a une chronique sur France inter. Je trouve cela extrêmement choquant. Le matin de la prise de Kaboul par les hommes de Massoud, il se permet de faire un édito extrêmement rétif sur les gens de l'alliance du nord : "entre 92 et 96, ont commis des atrocités à Kaboul, et faisaient notamment subir un supplice qui s'appelait la danse des morts (couper la tête de leurs prisonniers et ils mettaient de l'essence, les corps traînaient dans le vide...)". J'étais effaré qu'il dise ça. Ca générait une sorte de terreur sur tous les gens du nord, les hommes de Massoud... C'était devenu hallucinant. Mais il est fou ce type ! J'étais extrêmement choqué.

Il y a autre chose qui m'horrifie. En fait, il y a une chose très étrange aujourd'hui qui est la maladie du sondage, et très souvent, on n'arrête pas de faire des sondages sur tout. Je ne sais pas si vous avez été sondé. J'ai été sondé sur la sécurité. J'ai pas pu répondre au tiers des questions. Mes réponses ne cadraient pas dans les réponses type - le choix de réponse proposé.

Les chiffres, c'est hallucinant. Vous avez des tas d'éditorialistes qui savent toujours tout, sauf qu'ils ne sont pas assez sur le terrain, la réalité. Comme font les gens des services de renseignement américain : leur politique est la gestion de la planète comme sur un échiquier. Et ils ne vont pas voir ce que les individus peuvent ressentir.

Majid - On sent beaucoup ce côté "échiquier" dans le passage de M.Barry dans "Vies Clandestines". C'est complexe, vraiment des stratégies compliquées...

Christophe De Ponfilly - Ah oui oui. Installer des extrémistes pour contrer les soviétiques, c'est vraiment à courte vue. Mais, finalement, à vue, les Etats-Unis ont crée une nette confusion qui permet d'intervenir et de s'implanter. Donc finalement le résultat est assez positif, s'ils regardent objectivement. Les dégâts sont considérables autour.

Majid - Quand on voit l'Iran, le Liban... Je ne sais pas comment vous arrivez à vous y retrouver ?

Christophe De Ponfilly - Je ne m'y retrouve pas plus que tout le monde. Et puis en plus il y a des plans qu'on ne connaît pas. Moi j'ai jamais compris comment Ben Laden et le Mollah Omar, on n'aurait pas mis la main dessus ! Pourquoi Gulbuldin Hekmatyar est encore en vie, alors qu'ils l'ont soutenu pendant tant d'années ; pendant 12 ans ils ont soutenu ces types ! Et maintenant, ils lancent la guerre sainte contre eux dans le sud de l'Afghanistan ! Mais qu'est ce que c'est que cette pantalonnade ! On n'arrive pas à le localiser. Moi, je n'arrive pas à y croire.

Pour revenir aux chiffres, on nous donnait sans arrêt, l'état de la société afghane. Alors il y avait des spécialistes de la dernière heure qui nous disaient "la société afghane est composée de multiples ethnies. l'ethnie pachtoune représente 32/100..." Mais qu'est ce qu'ils en savaient, puisque le dernier recensement qui avait été fait en Afghanistan remontait à 1968 ! Vous imaginez. C'est totalement débile. On n'en sait rien. La composition de la société afghane depuis 22 ans en arrière, on en sait rien. Il faudrait faire un recensement maintenant. Donc toujours faire semblant : "on est ceux qui savent ! Voilà, on sait, on sait". Plutôt que de véhiculer des doutes, des questions ! Moi je préfère qu'on pose des tas de questions, plutôt qu'on amène toujours des réponses qui sont parfois des réponses fausses.

Et puis autre point : quand on aborde les drames, on les aborde par les mathématiques maintenant. On compte le nombre de morts. Donc Israel-Palestine par exemple, c'est très net. On vous donne un compte, mais on ne vous explique pas trop l'individu. Et là, avec mon ami et associé Frédéric Laffont, pendant deux ans, on a fait un film qui va sortir au cinéma (c'est fini, là dans 15 jours), sur justement l'histoire d'une amitié entre deux personnes israélo-palestiniennes qui sont une sorte d'espoir, d'intelligence à construire. Et ça, ça passe pas ! C'est pas ce qui passe dans les médias.

Majid - Sur le fait que dans les journaux, il y a des gens qui restent, ou qui partent, qui ont certaines difficultés : est-ce que monsieur T.Garrel est toujours à Arte, et madame C.Lentz à France 2 ; des gens qui vous ont aidé ?

Christophe De Ponfilly - Oui oui, T.Garrel, alors heureusement. Il fait partie des personnes remarquables de la télévision française. Quand vous regardez tous les documents qu'il a financés, vous avez parmi les plus beaux documents sur le monde d'aujourd'hui. Que ce soit dans le monde des affaires, la banque, les services de renseignement, le fonctionnement de la société.

Quant à C.Lentz, c'est vraiment un coup de chance. Elle a fait un passage de quelques mois à France 2. Maintenant, elle est dans le privé, un truc commercial. Mais au moins elle a permis à "Vies Clandestines" d'exister. Bon, elle était détestée par le milieu. Mais moi, j'aimais son côté fonceur. Au moins elle m'a permis de faire ce film. Ca faisait des années et des années que je voulais le faire.

Majid - Globalement, pensez-vous que la France ait joué un rôle positif vis à vis de l'Afghanistan ? Parce que par rapport au soutien armé au Pakistan, c'est plutôt très négatif !

Christophe De Ponfilly - Non au contraire. Je pense qu'il y a des choses à dénoncer fortement. Au point de vue officiel français, il y a eu peu d'aide à l'Afghanistan et aux afghans. Par contre, il y a eu une énorme aide française, mais individuelle. C'est à dire qu'il y a une multitude de français qui sont allés aider les afghans en prenant des risques considérables. Et il y a un capital sympathie des afghans pour les français qui est énorme, mais qui est en train de se ternir parce que du côté officiel, ça ne suit pas.

Mais sinon, au Quai d'Orsay, aux affaires étrangères, il y a tous les gens pro-pakistanais. Parce qu'il y a des affaires très intéressantes avec le Pakistan : des sous-marins vendus, du nucléaire... et il y a un lobby énorme pro-pakistanais. Moi je connais celui qui était directeur de l'alliance française à Peshawar. Quand il est revenu prendre un poste à Paris, il m'a dit "mais je suis arrivé dans un monde apocalyptique, de diplomates qui étaient pro-taliban" ! C'était fou quoi. Le ministre taliban reçu en France officiellement. Massoud par-dessus.

Majid - Ca a fait beaucoup de bruit sur internet. J'ai quelques articles sur le forum du site. Moi ce que je vois souvent, chez les gens qui ne connaissent pas forcément bien les enjeux... j'ai le sentiment que parce qu'il y a le lycée Esteqlâl, la France a un rôle positif.

Christophe De Ponfilly - Sur certains points, elle est très positive. Et je pense qu'on peut même faire mieux. C'est à dire qu'il faut vraiment inciter les industriels français à aller investir en Afghanistan. Il y a un capital sympathie énorme. On trouve dans cette communauté de français et françaises qui sont allés aider les afghans, à travers la FRAC, des tas d'organisations humanitaires. On trouve des gens qui pourraient être des conseillers. Jean-José Puig, dont je parle dans "Vies Clandestines" par exemple, il doit être un conseiller génial pour les industriels français qui veulent investir en Afghanistan. Pourquoi les taxis de Kaboul ce ne seraient pas des Clio ? Pourquoi on ne ferait pas un barrage là-bas ? Il faut prendre le risque. Mais il y a une vraie amitié franco-afghane. Et je ne vois pas pourquoi on laisse passer les américains, qui de toute façon vont se servir !

Majid - Ma question elle était : est-ce que ce n'est pas une sorte de parangon de vertu d'avoir fait en sorte qu'il y ait de l'humanitaire, encouragé par le Quai d'Orsay, pour cacher derrière les ventes d'armes au Pakistan ? Et le lycée Esteqlâl en formant toute l'élite du pays, est-ce que cela n'a pas participé de ce processus ?

Christophe De Ponfilly - Je ne sais pas trop, non. Il y avait des gens à la création du lycée Esteqlal qui avaient une démarche d'échange culturel. Le roi a été à Jeanson de Sailly. Donc, il y avait une sorte de retour, d'amitié.

Majid - Il n'y a pas forcément eu volonté de manipuler l'information, ou de contrôler les élites afghanes ?

Christophe De Ponfilly - Je ne peux pas vous dire. Je n'en sais rien.

Majid - Parce que pour investir, faire un lycée comme cela, c'est forcément l'Etat français qui a fait ça ?

Christophe De Ponfilly - Oui, bien sur. Enfin, elle l'a fait dans beaucoup d'autres pays. Je n'en sais rien.

Majid - Autre question : quels sont vos projets actuels ?

Christophe De Ponfilly - Je pars le 12 juillet en Afghanistan pour 4 semaines. Je n'y étais jamais retourné depuis la mort de Massoud. Je vais donner tous mes films qu'on a traduit en dari - adaptation supervisée par une stagiaire de science-po - à la télévision et à l'Etat afghan. Donc on va faire une cérémonie le 14 juillet à l'ambassade de France à Kaboul. Je fais ça avec l'INA (Institut National d'Audiovisuel) et les affaires étrangères.

Majid - De mon côté, l'ambassadeur d'Afghanistan à Paris, monsieur Z.Haquani, lorsqu'il m'a reçu, il m'a proposé pour mon site en hommage à Massoud, des documents afghans, que l'ambassade traduira. Je vous tiendrai au courant, si vous avez le temps ?

Christophe De Ponfilly - Volontiers, mais on fait tout nous même ici. On est 4. On est producteur, réalisateur, caméraman... Toutes les taches cumulées font qu'on est vraiment très pris. D'ailleurs, on ne connaît pas tellement de monde. Parce que justement, on fait tout et on est pris tout le temps. Et puis j'essaie de voir ma famille. Je voyage pas mal... Là, je pars après demain en Asie.

Pour répondre à votre question précédente, je prépare mon gros projet en Afghanistan. C'est un film de cinéma, que je vais faire en 2004, qui est une histoire que je voulais faire depuis très longtemps.

Majid - C'est une fiction ?

Christophe De Ponfilly - Oui oui, une fiction sur l'histoire vraie d'un jeune russe. Je vous donnerai le synopsis. On est en train de monter la production.

Majid - Vous le faites avec Albert Films ?

Christophe De Ponfilly - En fait, Albert Films est une société qu'on a dû créer. Interscoop, on est une agence de presse, et Albert Films, c'est une société de production de longs métrages. Donc pour faire du cinéma, on a du créer une société. C'est la lourdeur administrative française.

Majid - Et bien, je vous remercie de m'avoir reçu, mais aussi d'avoir mis un lien de votre site Interscoop, vers le mien http://ahmadshahmassoud.free.fr C'est très encourageant.

Christophe De Ponfilly - De rien. c'est normal. Frédéric Laffont termine son film et je pars après demain en Asie. Nous avons donc une réunion et une multitude de choses à faire. Mais on peut se revoir... A bientôt.



Christophe de Ponfilly s'est donné la mort en MAI 2006

# Posté le mercredi 27 août 2008 00:50

Modifié le vendredi 29 août 2008 07:46

MOURIR A 22 ANS POUR L'AFGANISTAN

                                                                  MOURIR A 22 ANS POUR L'AFGANISTAN


LE PROBLEME AFGAN.....
LE COMMANDANT MASSOUD ETAIT UN MESSAGER


La guerre


Les Afghans ont un sens aigu de la liberté. Jamais leur pays n'a été colonisé. Contre eux les Anglais ont, au XIXe siècle, engagé trois guerres en vain puisque l'Afghanistan n'a jamais fait partie de l'Empire des Indes. Seule la Ligne Durand, du nom du colonel anglais, témoigne encore, à la frontière sud, de l'influence de l'impérialisme britannique.



Le problème afghan a pour cause la guerre menée par l'URSS et les Etats-Unis contre ce pays du Sud économique. Le gouvernement US a notamment donné 43 millions de dollars aux taliban. La complicité de la communauté internationale laisse un gout amer en France et ailleurs.

Depuis plus de 20 ans, l'Afghanistan est sans cesse attaqué. Le peuple afghan a subit de multiples massacres (notamment 6000 Hazaras à Mazar-i-Sharif, l'été 1998). Les puissances économiques ont bombardé avec acharnement ce pays maintenant en ruine. Massoud et les siens furent les seuls résistants valables face à cette terreur.

Aujourd'hui, l'Afghanistan est aux mains des puissances étrangères, avec à sa tête les Etats-Unis. Le combat pour l'indépendance semble donc perdu. Déjà les richesses humaines et naturelles de ce pays sont bradées aux milliardaires de la finance. L'Amérique et l'Europe prospèrent en ventes d'armes, pétrole, drogues... Un projet d'oléoduc passant par l'Afghanistan détermine en majorité cette politique de terreur des occidentaux envers les populations locales.



Rappelons nous:

L'Union Soviétique, dès 1978 a massacré l'élite afghane. L'armée la plus puissante du monde bombardait un peuple à terre. Après des années de lutte, Massoud l'emporta. Contre tous les sondages, le valeureux peuple afghan venait de gagner sa liberté.

Mais c'était sans tenir compte des intérêts des Etats-Unis. Ainsi, la CIA a mené une guerre sournoise par Pakistan et Arabie Saoudite interposés contre Massoud et le peuple afghan. Le soutien américain en 1992 au bandit Hekmatyar (chef du parti radical islamiste Heizb-e-Islami Afghanistan, formé par l'ISI: les services secrets pakistanais) a ruiné Kaboul dans une guerre civile qui fut propice à l'ingérence du Pakistan. Ce voisin malveillant est armé par l'Occident, notamment par la France. On comprend mieux l'indifférence dont fut victime Massoud lors de sa visite en 2001 à Paris. En fait, l'absence de soutien international s'explique par l'indépendance de son combat. Que faire avec un homme qui place les intérêts de son pays au-dessus de ceux de Wall Street et de ses intérêts personnels ? Il ne se serait pas laissé influencer par l'argent. La résistance légitime de Massoud n'a trouvé d'échos sincères qu'auprès d'individus libres, dégoutés par le matérialisme. Son amour de la liberté était tel qu'il a même souhaité l'indépendance du Pachtounistan! Vouloir le bien à ses voisins est beaucoup moins répendu dans les pays riches. Les autorités françaises font en sorte que les afghans vivent dans le mythe que la France les soutien. Tel est le but non avoué du lycée Esteqlâl, même si on ne doute pas une seconde de la solidarité pour les afghans, de beaucoup des participants français. La France n'aurait pas accepté d'investir dans ce projet sans réel avantage, comme faire le voile sur nos juteuses ventes d'armes (avions Mirages, bombes, du matériel de marine...) aux pakistanais, en contrepartie de notre systématique non intervention auprès de Massoud.

*Reza : "La démocratie existe en Occident, avec des principes et une organisation".
Massoud : "Non. Ce ne sont pas de véritables démocraties. Une démocratie ne met pas au pouvoir des taliban, si loin de ses principes, au nom d'intérêts économiques. Il faut encore imaginer et appliquer une véritable démocratie".


Acculés semble-t-il par les attentats terroristes à New-York en Septembre 2001, les américains décident de se séparer des taliban qui hébergent le réseau fanatique Al Qaida devenu ingérable. L'armée US bombarde comme à son habitude. L'Afghanistan est en ruine, tout comme les tours du World Trade Center. D'ailleurs, Mrs Bush et Guliani, nous savons que Ben Laden n'est pas le seul capable de tels attentats sur le territoire américain. Souvenez vous que la ville de Philadelphie, le maire et ses représentants ont bombardé le 13 Mai 1985, dans leur quartiers, la communauté noire et pacifiste Move, dont Mumia Abu Jamal fait partie, tuant femmes et enfants. Désormais, c'est l'Afghanistan qui est sous la menace directe des milliardaires américains. Ceux-ci profitent d'une faible élite susceptible de collaborer, tel le corruptible Dostom.

Et Massoud est assassiné le 9 septembre 2001, dans un attentat fomenté par de faux journalistes munis de passeports européens et visas pakistanais. Le pays des soufis et des poètes semble de moins en moins proche de l'indépendance tant méritée. La Justice n'a pas du tout triomphé. Le combat doit donc continuer, sans Massoud malheureusement, mais avec le valeureux peuple Afghan, inspiré à jamais de son formidable esprit de résistance.

Que Dieu le protège.




Voir également les explications:

- P 211-212, livre « Massoud l'Afghan » de Christophe De Ponfilly.
- P 61-62-63-64, livre « Vies clandestines » de Christophe De Ponfilly.


Si on l'avait écouté!






Le 8 Octobre 1998.

Message au peuple des Etats-Unis d'Amérique :



" Au nom de Dieu,




Je vous envoie ce message aujourd'hui au nom de l'amour pour la liberté et la paix du peuple d'Afghanistan, au nom des Moudjahidine combattants de la liberté qui ont résisté et battu le communisme soviétique, des hommes et des femmes qui résistent toujours à l'oppression et à l'hégémonie étrangère, et au nom de plus d'un million et demi de martyrs afghans qui ont sacrifié leurs vies pour soutenir quelques unes des valeurs et idéaux communs à bien des Américains et des Afghans. Nous sommes à un moment crucial et unique de l'histoire de l'Afghanistan et du monde, un moment où l'Afghanistan traverse encore un autre seuil et connaît une nouvelle période de lutte et de résistance pour assurer sa survie en tant que nation libre et Etat indépendant.

J'ai passé ces vingt dernières années, la plupart de ma vie d'adolescent et d'adulte, aux côtés de mes compatriotes, au service de la nation afghane, à mener une dure bataille pour préserver notre liberté, notre indépendance, notre droit à l'auto-détermination et à la dignité. Les Afghans ont combattu pour Dieu et leur pays, seuls parfois, avec l'aide de la communauté internationale à d'autres moments. Contre toute attente, nous, le monde libre et les Afghans, avons arrêté et contrecarré l'expansionnisme soviétique il y a de cela dix ans. Mais les habitants attaqués de mon pays n'ont pu savourer les fruits de la victoire. Au lieu de cela, ils furent jetés dans un tourbillon d'intrigues étrangères, de supercheries gigantesques, et de querelles intestines. Notre pays et notre noble peuple furent brutalisés et victimes d'une avidité qui n'avait pas lieu d'être, d'intentions hégémoniques et de l'ignorance. Nous, Afghans, avons aussi fait des erreurs. Nos défauts sont des conséquences de notre innocence politique, de notre inexpérience, notre vulnérabilité, des représailles, des querelles et d'hommes bouffis d'orgueil. Mais cela ne justifie en aucune façon ce que certains de nos prétendus alliés de la guerre froide ont fait pour saper cette juste victoire et déclencher leurs plans diaboliques de destruction et d'assujettissement de l'Afghanistan.

Aujourd'hui, le monde voit et perçoit clairement les résultats de méfaits aussi inconsidérés. Le Sud de l'Asie Centrale est plongée dans les troubles, et des pays sont au bord de la guerre. La production illégale de la drogue, les activités et les organisations terroristes y sont en hausse. Des massacres de masses à motivation ethnique ou religieuse, des déplacements forcés de populations ont lieu, et les droits de l'homme et de la femme les plus élémentaires sont violés sans vergogne. Le pays a été graduellement occupé par des fanatiques, des extrémistes, des terroristes, des mercenaires, des mafias de la drogue, et des assassins professionnels. Une faction, les Talibans, qui ne représente en aucune manière l'Islam, l'Afghanistan ou notre héritage culturel vieux de plusieurs siècles, a exacerbé cette situation explosive. Ils refusent obstinément de parler ou d'obtenir un compromis avec la moindre autre partie afghane.

Malheureusement, cette sombre réalisation n'aurait pu se matérialiser sans l'aide et l'implication directe de cercles gouvernementaux et non-gouvernementaux influents au Pakistan. En dehors de l'aide logistique, du fuel et des armes reçues du Pakistan, nos services de renseignement indiquent que plus de 28 000 citoyens Pakistanais, incluant du personnel paramilitaire et des conseillers militaires sont parties prenantes dans l'occupation des Talibans dans plusieurs régions d'Afghanistan. Actuellement, nous tenons dans nos camps de prisonniers de guerre plus de 500 citoyens pakistanais incluant du personnel militaire. Trois problèmes majeurs - le terrorisme, la drogue et la question des droits de l'homme - ont leur origine dans les zones tenues par les Talibans, mais furent engendrés à l'instigation du Pakistan, formant ainsi imbriqués les angles d'un triangle funeste. Pour beaucoup d'Afghans de toutes ethnie ou religion, l'Afghanistan est un pays à nouveau occupé, pour la deuxième fois en dix ans.

Laissez-moi corriger un certain nombre d'affirmations fallacieuses propagées par les commanditaires des Talibans et leurs lobbies à travers le monde. Dans le court et le long terme cette situation ne profitera à personne, même en cas de contrôle total par les Talibans. Il n'en résultera pas la stabilité, la paix et la prospérité de la région. Le peuple d'Afghanistan n'acceptera pas un régime si répressif. Les pays de la région ne se sentiront jamais en sécurité. La résistance ne cessera pas en Afghanistan. Elle prendra au contraire une nouvelle dimension nationale, englobant les Afghans de toutes les ethnies et de toutes les strates sociales.

Le but est clair. Les Afghans veulent regagner leur droit à l'autodétermination au moyen d'un processus démocratique ou traditionnel acceptable pour notre peuple. Aucun groupe, aucune faction, ni aucun individu n'ont le droit de dicter ou d'imposer leur volonté par la force ou la procuration sur les autres. Mais, d'abord, les obstacles doivent être repoussés, la guerre doit cesser, une paix juste doit être établie ainsi qu'une administration de transition visant à former un gouvernement représentatif.

Nous voulons tendre vers ce noble but. Nous considérons comme de notre devoir de défendre l'humanité contre le fléau de l'intolérance, de la violence et du fanatisme. Mais la communauté internationale et les démocraties du monde ne devraient pas perdre un temps qui est précieux, et devraient jouer leur rôle critique pour aider de toutes les manières possibles le valeureux peuple d'Afghanistan à venir à bout des obstacles qui existent sur le chemin de la liberté, de la paix, de la stabilité et de la prospérité.

Une pression effective devrait être exercée sur les pays qui se dressent contre les aspirations du peuple d'Afghanistan. Je vous convie instamment à engager des discussions constructives et substantielles avec nos représentants et tous les Afghans qui peuvent et veulent s'entendre dans un large consensus en faveur de la paix et de la liberté pour l'Afghanistan.

Avec l'assurance de tout mon respect et mes meilleurs voeux pour le gouvernement et le peuple des Etats-Unis ".

Ahmad Shah Massoud.


Ministre de la Défense, Etat Islamique d'Afghanistan.





En cliquant (ou coller sur votre barre de recherche) sur ce lien "UN INTERVIEW EDIFIANT":
http://ahmadshahmassoud.free.fr/massoud/temoignages_fichiers/deponfillytemoignage.htm









# Posté le mercredi 20 août 2008 01:22

Modifié le vendredi 29 août 2008 07:50

IAM, je le suis et je le reste un casse-tête....A Istres, la résistance c'est MAINTENANT

IAM, je le suis et je le reste un casse-tête....A Istres, la résistance c'est MAINTENANT
IAM: 20 ans d'activisme, 1 interview
La résistance au changement. C'EST MAINTENANT

Première partie: les débuts du groupe. Deuxième partie : ISTRES
Interview par le Toupaga System



Retour sur les 20 ans de carrière de ce groupe phare de la scène hip-hop française en s'arrêtant sur les principaux thèmes développés par le collectif tout au long de cette aventure...

IAM. Un nom qui parle aux plus jeunes comme aux plus âgés. Avec NTM, l'un des deux piliers du rap en France. Le sud et le nord. Deux styles différents, une seule raison d'être : la culture de la rue érigée en véritable art ; écriture, chant, danse et graffiti, les valeurs de base du hip hop, un hip hop qui a tellement changé en un peu plus de 20 années d'existence mais dont les principaux acteurs sont toujours aussi influents.

Oui, aujourd'hui, les anciens reviennent en force : alors que les NTM se retrouvent sur scène en septembre, le groupe IAM délivrait il y a quelques mois à peine un nouvel album « Saison 5 », digne successeur de « L'Ecole du Micro d'Argent » (après la réussite ambiguë de « Revoir un Printemps »).

Mais justement, après 20 ans d'existence, quid de l'engagement de deux MC's, Akhenaton et Shurik'n, qui ont aujourd'hui exploré presque tous les thèmes ? Quid de l'activisme de deux jeunes issus des quartiers nord de Marseille devenus parents quarantenaires ? Quid en fait de l'état d'esprit, 20 ans après ses débuts, d'un groupe qui a passé sa carrière à militer, à écrire et à s'engager ?
Pour le savoir, plutôt que de leur poser des questions maintes et maintes fois évoquées, retour sur quelques-uns de leurs thèmes les plus forts développés en chansons....

Voici IAM divisé en 3 périodes phares : les débuts « la naissance d'IAM », l'apogée « l'école du micro d'argent » et le retour en force « saison 5 ».


Dans le morceau « Dangereux », vous expliquez que vous êtes surveillés, pistés par les RG, mis sur écoute... Bref, le groupe IAM est dangereux. 15 ans après, le groupe IAM est-il toujours dangereux ? Où en est votre rapport aux autorités, à la classe politique ?

Shurik'n : Aujourd'hui nous dans IAM, on est tous pères de famille donc on a encore moins de raisons de fermer notre gueule parce qu'on n'est plus seuls : on laisse des gens derrière nous.

Tu veux dire que depuis que vous avez une famille, vous avez encore plus besoin de revendiquer ?
Bien sur ! Avant on racontait des choses, on parlait de ce qui se passait autour de nous, maintenant c'est différent : on a des gens à protéger, on a des sujets qui nous préoccupent, les mêmes d'ailleurs que tous les gens quand ils se lèvent le matin. D'ailleurs je pense que si on baissait les bras maintenant, il y aurait plein de gens pour venir nous le reprocher... Et puis on a toujours été comme ça : se révolter, revendiquer, c'est aussi ce qui nous a poussé à faire de la musique : ça n'est pas la seule raison, ça n'est peut-être même pas la bonne, mais c'est la nôtre.

Akhenaton : Pour « Dangereux », on avait été renseignés sur les RG, on savait de sources différentes qu'ils nous écoutaient... il y avait un bon petit dossier IAM. On a eu notre lot de poursuites et de rendez-vous au tribunal, notamment à l'époque de « Métèque et Mat », mais comme je te le disais (CF Interview IAM 1ère partie), on n'a pas non plus communiqué dessus... On a réglé nos affaires dans la discrétion et dans le silence... ça s'est passé principalement entre Juppé, le juge, mon avocat et moi. On a gardé un côté très subversif dans nos paroles et oui, il faut le savoir, la France est un pays policier qui place les gens sur écoute dès qu'ils ne vont pas dans le sens des moutons qu'ils voudraient qu'on soit.

Deuxième morceau de la période « L'Ecole du Micro d'Argent », « Petit Frère » : aujourd'hui en 2008, qu'est devenu le petit frère de 97 ?

S : Et ben je pense qu'il est devenu à l'image de la société dans laquelle il vit. Une société de baskets, de baggy, de style, de bling bling...

Donc maintenant Petit Frère roule pour sa poire ?

Oui ! Pour sa poire et celle de son crew, parce que – et dans le rap ça a été compris très tôt – beaucoup ont compris que si tu ne bouges pas par toi-même, personne ne le fera pour toi.

A : Petit Frère est désolé de voir le petit-petit-frère qui est arrivé. Petit Frère de 97 a aujourd'hui des responsabilités, il travaille, il est probablement père de famille ; il a grandi, il a mûri et comme à chaque génération, les gens qui arrivent à un certain niveau de maturité et de responsabilités dans la vie regardent les plus jeunes faire n'importe quoi et se disent « mais on était vraiment des petits cons ! ». On a été ces petits cons-là nous aussi... Par contre, je place une frontière avec une grande ligne marquée « respect » : moi je n'ai jamais manqué de respect aux gens. On a vécu notre adolescence, tout ça, mais jamais de hagra. La violence gratuite, je déteste ça... Quand les mecs du quartier volaient un type à cinq ou six, ça me dégoûtait... ça me dégoûte toujours autant d'ailleurs... Ce que je déteste le plus, c'est vraiment l'injustice. Ça m'horripile.

« Demain c'est Loin », le morceau ultime du rap français...Mais d'où vous est venu ce freestyle de 9 minutes??

S : C'est notre préféré ! En fait à la base, on était avec Freeman et le Rat Luciano, en train de refaire une mouture de l'album « L'école... » dont on n'était pas tout à fait satisfaits. J'ai écrit ce morceau dans le studio, pendant le mixage de l'album d'IAM, pour mon album solo - à cette époque je bossais aussi sur mon album solo... Je l'ai écrit en une fois. Premier jet. Je ne l'ai jamais retouché. Lorsque je l'ai fait écouter aux autres, ils m'ont dit « c'est monstrueux ! Il faut absolument qu'on le mette dans l'album ! ». J'étais OK : je l'avais écrit là, Chill avait écrit des bribes de texte sur le même thème, et on a collé les deux... Ça a donné « Demain c'est Loin ». Ce morceau pour nous, c'était vraiment le plaisir de la performance, rapper sans refrain, un gros flow, envoyer plein d'images.... C'était la performance qui nous excitait. Sincèrement, on pensait pas qu'un moreau comme ça, sans refrain, de 9 minutes, allait devenir le classique que c'est aujourd'hui. Moi je le voulais comme ça, cette structure sans refrain, un grand bloc.

A : Moi, le morceau que j'avais écrit à l'époque de la première mouture de « L'Ecole... » s'appelait « Tours de béton » ; Jo avait son couplet de « Demain C'est Loin » et j'y ai adapté mon morceau, qui se voulait comme autant de photographies, négatives ou positives, du quartier. Tu vois parfois, quand tu as enregistré ton morceau, tu as un sentiment de satisfaction en réécoutant ton travail ; là on l'a senti tout de suite... Et ce morceau est devenu un classique au même titre que le « MIA », c'est un truc de fou ! En concert, « Demain c'est Loin », c'est LE morceau le plus demandé.


# Posté le mardi 05 août 2008 01:04

Modifié le mardi 05 août 2008 02:51

IAM : 20 ans d'activisme, 1 interview.

IAM :  20 ans d'activisme, 1 interview.

A L'ANCIENNE



« Donne moi le micro » : dans ce morceau, vous parlez avec humour de votre soif de micro, votre soif de dire des choses...

Shurik'n : (il coupe) Ouais, ouais, en même temps c'est un côté humoristique qu'IAM a toujours eu et dès le départ, même si après ça s'est un peu atténué, pas vraiment de notre volonté mais on s'est rendu compte qu'au final les morceaux humoristiques étaient les moins qualitatifs... mais c'est vrai que dans IAM, on a toujours eu ces envies de partir en live...

Et justement, cette envie de micro 20 ans après ?...

S : Elle est toujours aussi présente. On l'exprimerait pas de la même façon mais elle est toujours aussi présente. On est rappeurs donc si on n'a plus soif de micro... ben ya plus grand intérêt...

Akhenaton : pour nous, cette envie elle a toujours été la même : la passion d'être MC, la passion d'écrire, la passion de se remettre en question... tous les jours on est dessus, on écrit des textes, on fait des sons... il y en a peut-être 80 voire 90% qui partent à la poubelle mais pour nous et à plus forte raison dans le hip hop, la création elle doit être permanente : si tu décroches 6 mois, c'est toi qui es décroché.

Dans « Reste underground », vous parlez des critiques dont vous avez été victimes de la part des autres rappeurs, du milieu hip hop en général et notamment à l'époque du « MIA » qui avait super bien marché, et notamment commercialement... Aujourd'hui, c'est quoi être commercial?


S : Le milieu hip hop pense qu'être naturel, c'est justement ne pas montrer ton côté naturel à la caméra. Nous on rigole, des conneries on en dit tous les jours, on n'a pas dénaturé notre façon d'être en faisant des chansons un peu drôles, quoi... Ne pas être « underground » pour eux, le milieu hip hop, c'est à partir du moment ou soit tu pervertis ton discours, soit tu fais du commercial. Si c'est ça ton problème, ne fais pas de disque. Parce qu'à partir du moment où tu fais un disque, tu tombes forcément dans la « commercialité » et quand je dis « commercialité », je parle de ventes, pas d'abaissement du niveau. Quand tu baisses ton niveau pour vendre, ça c'est du marketing. Notre démarche artistique, elle a toujours été égoïste : on est dans notre studio, on crée. Les seuls critères dont on tient compte, c'est les notres . Après si les gens s'y retrouvent, c'est notre chance, tant mieux s'ils se sentent concernés par notre discours. Après underground, pas underground, c'est de la connerie. Tant que ton discours n'est pas perverti. Quand on sait qu'aujourd'hui, beaucoup de rappeurs invitent les programmateurs radio en studio pour pouvoir taper dans le mille, underground je trouve que c'est un mot qui est bien lointain.

A : sur ce morceau, il s'agit surtout des gens qui érigeaient l'underground comme état de fait. Nous on ne communique pas sur ce qu'on fait, on ne dit pas quand on refuse les chèques de grosses compagnies pour faire certains deals, on dit rien, on est constant. Je pense qu'il faut aller à la rencontre du grand public sans se compromettre artistiquement, sans adapter ses chansons. Pour nous, c'est par exemple aller aux Victoires de la Musique et chanter « La Fin de leur Monde ». Pour moi, le paradoxe, c'est ces groupes qui se disent underground et qui fréquentent toutes les soirées hype de la capitale. Attention, pour moi c'est pas un problème de fréquenter ce genre de soirées, mais ne te revendique pas underground ! Tu ne revendiques pas une intégrité que tu as déjà perdue depuis longtemps... Nous on ne revendique rien.

« Sachet blanc » : il y a 20 ans vous abordiez le problème des drogues dures. A l'heure ou la cocaïne se démocratise dans tous les milieux, quel est aujourd'hui votre discours sur la drogue ?


S : Ben tu l'as dit hein, la cocaïne s'est démocratisée. La coke, ça n'a jamais été une drogue de quartier. Shit, herbe, ok mais la cocaïne elle est arrivée en cité lorsque toute une frange de la génération des quartiers s'est mélangée à la génération de la night de certains milieux... et puis aussi pour le business... quand ils ont vu combien ça rapportait. Alors moi j'ai juste un message à faire passer à ces messieurs qui nous gouvernent et qui mènent une guerre acharnée contre les consommateurs de hashish : ces gens-là ne savent pas dans quel monde ils vivent, ils ignorent tout du monde dans lequel ils vivent, ils ignorent que leurs enfants, dès l'age de 18 ans, se prennent du vendredi au dimanche à coup de vodka, de coke et de cachets. Nous avec nos spliffs, on est des beatniks. Et les seuls à l'ignorer ce sont les gens qui nous gouvernent.

Attends, tu penses qu'ils l'ignorent vraiment ?


S : Je pense qu'il l'ignorent vraiment oui, sinon, il nous feraient pas chier avec leur tests à cannabis mais ils en trouveraient pour la coke. Alors ne nous fais pas la guerre pour du shit alors que tu as toute une génération qui se déchire à l'alcool fort et à la poudre. Ouvre les yeux, regarde un peu le pays dans lequel tu vis et que tu prétends gouverner avant d'ouvrir ta gueule.

A : moi je suis atterré quand je vois la nouvelle génération. On a vu le phénomène se présager en Espagne et en Italie où les gamins avaient déjà bien le nez dedans depuis quelques années mais en France, la nouvelle génération, ils se font un rail comme toi quand tu étais gamin tu descendais trois bières pour ne pas raquer ta boisson en boite. C'est trop facile. Il faut rappeler les dangers : c'est quand même une drogue dure qui augment considérablement les risques de rupture d'anévrisme. C'est pas sde l'homéopathie, c'est du costaud, surtout qu'ils la coupent avec des tas de merde. Et je dis là ce que je dirai à mes gamins qui auront bientôt l'âge d'aller en boite et de sortir : tu peux t'amuser sans t'en mettre plein la lampe. Et si tu es un agneau, vis ta vie d'agneau. Tu n'es pas obligé de prendre de la coke pour te prendre pour un lion, tu vois ce que je veux dire ? C'est pas parce que t'es un doux que t'es un faible.

« Le feu » : Un hymne au football... alors l'OM en Champions League, le PSG sauvé...

Alors là encore une fois c'est du deux poids deux mesures : regarde l'affaire OM – Valencienne. On fait descendre Marseille en D2, tout le monde trouve ça normal alors que c'est la seule équipe française qui rayonne en Europe , la seule où dans les autres pays tu trouves des supporters : ça n'est pas le cas de Lyon, ça n'est pas le cas de Paris. Valenciennes qui accepte le pot-de-vin s'en sort tranquille. Et là, quand Paris était menacé de descendre, tous les médias français se sont mobilisés pour sauver le club. Si ça c'est pas du deux poids deux mesures... là il faut arrêter le ballon et se mettre au ping-pong. Voilà, je trouve. Dans ce pays encore une fois, on est dans une grosse et profonde hypocrisie. Même Lyon, respect pour eux, 7 titres ! Mais encore une fois, ils ont pris le championnat, bon ils ont pris la coupe, et basta ! Chaque année ils nous disent « cette fois on met tout sur la ligue des champions » et rien, nada ! on dirait qu'ils te parlent de Manchester... On chante cocorico alors qu'on a les deux pieds dans la merde ! Arretez-vous ! On a presque le championnat le plus faible d'Europe, ya pas de quoi fanfaronner !

Dans le morceau « J'aurais pu croire », vous dîtes que vous ne croyez ni en l'Orient, ni en l'Occident, ni aux ayatollahs, ni aux rabbins, ni en Saddam, ni en Bush (Bush Senior à l'époque)... Aujourd'hui, en quoi vous croyez ou pas

S : Bah ! Aujourd'hui malheureusement, quelques problèmes ont changé géographiquement mais ce sont exactement les mêmes. Le principal medium c'est la télé, mais vérifions bien avant de croire, on connaît ses ravages. Moi il y a encore beaucoup de choses auxquelles je ne crois pas. Coluche l'a dit, sur la télé ya un bouton en bas, si tu ne veux pas te faire gaver le cerveau, t'appuies dessus ! Mais on est tellement bien éduqués qu'à 20h30 on appuis dessus et on mange ce qu'ils veulent bien nous faire manger. Si tu veux de l'info, tu dois faire la démarche d'aller la chercher, et aujourd'hui l'alternative c'est internet.

TOUPAGA SYSTEM

# Posté le mardi 05 août 2008 00:34

Modifié le mardi 05 août 2008 03:06